Vie politique

Le Grand débat

Démocratie participative : le Grand débat

Publié le 06/03/2019
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Le grand débat débarque à Rivedoux

Depuis son lancement le 15 janvier, plus de 2 500 réunions publiques se sont déroulées sur le territoire national dans le cadre du grand débat. Mardi 13 février, c’était au tour de la commune de Rivedoux. L’occasion pour les participants d’échanger sur des sujets qui leur tiennent à coeur sans pour autant se bercer d’illusions sur les suites qui seront données par le Gouvernement…

Des participants nombreux et venus des quatre coins de l’île

Si les quatre-vingt chaises prévues par la municipalité n’étaient pas toutes occupées, les participants étaient nombreux à se rassembler, mercredi 13 février, à la salle des fêtes de Rivedoux. Une cinquantaine de personnes ont ainsi répondu présent avec, cette fois encore, une large majorité de retraités. Suffisamment exceptionnelle pour être notée, la présence également de quelques jeunes actifs ! Et des participants venus des quatre coins de l’île : les habitants des communes rétaises alentours étaient nombreux à participer à cette séance de rattrapage au côté des Rivedousais.

Une méthodologie qui pose question

Dans son mot d’introduction, le Maire de Rivedoux, Monsieur Raffarin, s’est interrogé sur la méthodologie très fermée proposée par le Gouvernement à travers des sujets imposés et questionnaires fermés (QCM à choix multiples). Il propose donc, en plus des quatre tables et thématiques annoncées (Transition Écologique, Fiscalité et des Dépenses publiques, Démocratie et la Citoyenneté et enfin l’Organisation de l’Etat et des Services publics), une cinquième ouverte aux doléances diverses et variées des citoyens.

Les débats sont vifs et si certains points font aisément consensus, d’autres moins. Au sein des groupes de discussion certains connaissent très bien leur sujet comme c’est le cas pour la table ronde sur la transition écologique où nombre des participants font partie d’associations rétaises actives en la matière (Ré Avenir, Ré Nature Environnement, Césir…)

Mais l’on ne refait pas le monde en une heure et les participants restent parfois un peu sur leur faim, vu le nombre et la complexité des sujets que l’on pourrait aborder… Des interrogations sur la méthodologie proposée par le Gouvernement se posent autour de plusieurs tables : Comment proposer des solutions à des problèmes aussi complexes et globaux que le dérèglement climatique ou l’évasion fiscale en répondant à des QCM (avec souvent une seule réponse possible !) ? Et les participants choisissent souvent de s’émanciper de cette méthodologie pour aborder directement les sujets qui leur tiennent le plus à coeur.

Les principales doléances

Les doléances présentées par les rapporteurs sont nombreuses. Comme dans beaucoup d’autres communes on retrouve au centre des préoccupations l’abolition des privilèges de certains élus, un problème d’information et de transparence vis à vis des citoyens sur de nombreux sujets ainsi que l’instauration d’un vote obligatoire avec vote blanc comptabilisé.

Favoriser le débat et la participation des citoyens aux décisions, une source d’inspiration à l’échelle locale

Si une partie des participants ne se fait pas trop d’illusion sur les suites qui seront données par le Gouvernement à cette campagne de concertation nationale, ces réunions auront au moins permis de rassembler et d’échanger autour de sujets fondamentaux et, en se réappropriant ces enjeux, de redonner un sens à son statut de citoyen.

Pour les municipalités, ces réunions sont aussi une source d’inspiration vers un modèle de démocratie plus participative. C’est en tout cas ainsi que l’a ressenti Patrice Raffarin qui souhaite s’en s’inspirer pour ses prochaines réunions publiques trimestrielles.

Si ce débat doit amener quelque chose, cela se mesurera donc peutêtre plus à l’échelle locale qu’à l’échelle nationale.

Margaux Segré

 

Le CÉSIR à l’heure du Grand Débat

Didier Guyon et deux participants à la table des jeunes, mais deux jeunes !

Il était bien naturel que le CÉSIR s’empare du Grand Débat National. L’occasion d’un café-citoyen sortant de l’ordinaire.

Organisée au Bois-Plage, la réunion invitait « tous les Rétais permanents ou temporaires » à participer à cette « réunion d’initiative du Grand Débat National », animée par des membres du CÉSIR en présence de rapporteurs-garants. Mention supplémentaire : il était prévu une table pour les étudiants et jeunes actifs, afin qu’ils puissent s’exprimer en toute liberté.

Une (trop) faible participation

Moins d’une trentaine de personnes étaient présentes et parmi elles, certains visages familiers vus à d’autres débats. De quoi fausser les chiffres d’une participation plutôt faible en terre rétaise.

Des quatre tables, l’une d’entre elles regroupant les thèmes Citoyenneté et Organisation de l’Etat, une restait vide, celle « des jeunes », du moins jusqu’à l’arrivée de deux lycéens, venus de Saint-Clément à vélo. Résidents secondaires de toutes les vacances, ces deux cousins, Aristide de Châteauroux et Ulysse de Nantes, respectivement en Première et Terminale, se prêtèrent au jeu d’une table où ils étaient les seuls représentants de leur génération.

Mobilisation écologique

En conclusion, une phrase du célèbre Jean Yanne, datant (déjà) de 50 ans : « Tout le monde veut sauver la planète mais personne ne veut descendre les poubelles ». Un pragmatisme fleuri qui sied à notre époque, plébiscité par le groupe de huit personnes qui se revendique « en colère » et répond en discussion libre aux dix-sept questions.

Réfutant le côté « fermé » de certaines d’entre elles, mais aussi « un american way of life non multipliable à l’infini », la table de Dominique Bertin a beaucoup à dire. Regrettant un déficit d’information général, le groupe évoque aussi l’Ile de Ré côté transports en commun et urbanisme. Appelant à la création d’un Inter- Ministère d’Etat pour la Transition Ecologique et à des associations puissantes, capable de lutter contre les pressions exercées par les lobbies, le groupe n’est pas hostile à une fiscalité écologique, sous réserve que les recettes financent bien cette transition. « Arrêtons de tergiverser, retroussons nos manches, plus de temps à perdre, il y a urgence ! », voilà qui clôture le débat. Que dire de mieux !

Des taxes qui visent… Juste

Pourquoi pas sur les transactions financières, les transports aériens ou maritimes par exemple… Six participants entourent l’animateur Pierre Bot. Au menu, des économies à faire pour l’Etat mais aussi les Collectivités Territoriales. Souhaitée également, une plus grande transparence sur l’utilisation de l’argent public à travers un rapport ou un tableau rendu public. Si le débat sur l’ISF est inévitable, l’assemblée conclut par une recommandation simple : une meilleure prise en compte des préconisations du rapport annuel établi par la Cour des Comptes.

Une citoyenneté bienveillante mais structurée

Du côté des élus, maires et députés fédèrent la confiance mais aussi les associations. Si le groupe est favorable à un vote obligatoire et à la prise en compte du vote blanc, il marque peu d’intérêt à des référendums dont les résultats ne sont pas respectés (cf. Notre-Dame des Landes).

Il s’agirait en revanche de rendre lisible les projets de loi de Finances, de multiplier en général les occasions de dialogue entre citoyens et élus et d’éloigner scrutins présidentiel et législatif l’un de l’autre. Validée également la nécessité de respecter les règles déjà en vigueur pour l’application de la laïcité avec l’appui de la constitution mais aussi les incivilités au moyen de la loi. Autre idée, un service civique avec participation de deux à trois jours par an obligatoire, et ce pour tous les citoyens « majeurs en âge d’activité pour un véritable brassage social et trans générationnel ». Et si la France doit bien rester une terre d’asile, une vraie politique d’intégration s’impose, celle-ci induisant aussi des devoirs, « le droit à la différence » devant avoir des limites. Quant à l’éducation, elle joue un rôle essentiel à toutes les étapes de la vie démocratique.

Et les jeunes alors ?

Avec Didier Guyon comme animateur et Michel Terrasson en rapporteur, ils sont bien entourés. Confiants dans les maires mais aussi leurs professeurs et des associations puissantes, en capacité d’exercer des pressions, les deux lycéens se montrent dubitatifs sur le vote obligatoire mais convaincus par la proportionnelle et le vote blanc autant que par une pratique élargie du budget participatif.

Pas encore vraiment concernés par la fiscalité, ils optent néanmoins pour une taxe sur le kérosène et considèrent nécessaire d’alléger la pression fiscale sur les pauvres et la classe moyenne au détriment des plus hauts revenus, et souhaitent une harmonisation européenne (GAFA).

Sans surprise vu leur âge, la transition écologique les mobilise. Représentants de la nouvelle génération, ils insistent sur l’obligation de stopper le glyphosate, plébiscitent l’agriculture biologique, à favoriser au niveau européen, prônent l’écologie à l’école et le développement des circuits courts.

Pour conclure, on ne peut que constater que, même avec un nombre de participants réduits, discuter et débattre dans le respect mutuel et un encadrement bienveillant, ne peuvent être que positifs tant sur le plan individuel que collectif.

Pauline Leriche Rouard