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Street art

Les détenus de la maison d'arrêt de St Martin manient cutters et cartons en vue de l’élaboration de la fresque

« Dehors-dedans » en couleurs dans la maison d’arrêt de Saint-Martin

Les détenus maniant cutters et cartons en vue de l’élaboration de la fresque
Publié le 08/07/2014

Jef Aérosol est un des pionniers du « Street Art » urbain en France depuis une trentaine d’années. Son matériel de base : le pochoir, des cartons découpés à travers lesquels il projette de la peinture avec une bombe aérosol. De son art sur les murs en ressort son amour pour la musique : Elvis Presley, Jimmy Hendrix, Amalia Rodrigues, Bob Dylan… Il a parcouru le monde entier et a peint sur les murs de New-York, Bruxelles, Pékin, Zurich, Palerme, Dublin, entre autres, et on peut même voir son légendaire « Sitting kid » sur la Grande Muraille de Chine, avec bien sur, sa « signature » personnalisée, la petite fl èche rouge en direction de son sujet. Plus près de nous, les portraits de Ray Charles et d’Otis Redding sur le bâtiment du Grand Port maritime de La Rochelle, en face de la Sirène, scène de Musiques actuelles. Ainsi cette fresque rochelaise a servi de vecteur pour tisser un lien social entre les habitants du centre ville et de sa périphérie.

Une grande première

C’est à ce niveau qu’intervient Alexandra Planas, directrice artistique de la galerie Xin Art, à Ars-en-Ré qui cherche à développer et à favoriser la cohésion sociale sur le territoire rochelais. De cette dynamique commune entre la galeriste et l’artiste est né il y a un an ce projet hors du commun : créer une fresque immense sur un des murs de la Maison d’arrêt de Saint-Martin-de-Ré, dans l’enceinte de la citadelle. Jef Aérosol fut extrêmement touché par la résonance spécifi que du lieu carcéral et depuis un an s’est donné les moyens avec le SPIP (service pénitentiaire d’insertion) en étroite collaboration avec la galerie Xin Art et les différents dirigeants de la prison de préparer un projet intitulé : « Dehors-Dedans ». C’est une grande première dans ce milieu fermé que d’introduire le Street Art français qui, par définition, est une peinture de rues, d’extérieure, visible par tous.

Un lien social entre les détenus

Les détenus participants à l’élaboration de cette fresque étaient les plus marginalisés, les plus solitaires, ne pratiquant aucune activité ; grâce à l’émulation de Jef Aérosol et au travail d’accompagnement au quotidien du personnel, ces hommes se sont « ouverts » peu à peu au travail partagé, à ce projet commun et ainsi l’isolement, le « chacun pour soi », se transforma en un but collectif, faisant tomber les tensions propres au milieu carcéral, instaurant une dynamique de groupe à ces détenus qui, en plus, ont peint la fresque de l’artiste qui au départ n’était que des silhouettes en ombres chinoises. Placée sur un des murs du lieu de promenade, les autres prisonniers peuvent ainsi regarder, admirer et commenter le travail effectué, créant ainsi un lien social d’échange et de partage. Mission accomplie et réussie pour les instigateurs de ce projet audacieux. À noter qu’une exposition des peintures sur toile des détenus est prévue dans la Galerie Xin Art et que Jef Aérosol exposera dans cette même galerie du 5 au 26 juillet, après avoir été présent le 4 juillet sur le port d’Ars où il a réalisé une oeuvre sur un bâtiment de 7 mètres de long.

Patricia Plancoulaine

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