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Charente-Maritime

Covid-19 : la Charente-Maritime connaît une 4ème vague en réanimation

© ARS Nouvelle-Aquitaine - La vaccination constitue un élément capital, pour sortir de la crise sanitaire
Publié le 21/04/2021

Le Groupe Hospitalier Littoral Atlantique a fait un point de situation COVID-19, vendredi 16 avril 2021. Pierre Thépot, Directeur général et le Dr Thierry Godeau, Président de la Commission Médicale d’Etablissement des Hôpitaux La Rochelle-Ré-Aunis, ont dressé un bilan inquiétant

La progression de la circulation du Covid-19 se poursuit en Nouvelle-Aquitaine.

Un taux d’incidence qui continue de croître

On observe depuis plus d’un mois une tendance à la hausse du taux d’incidence, qui a atteint 220 personnes testées positives pour 100 000 habitants, la semaine dernière (semaine 15), contre 180 durant la semaine 14. En novembre, le taux maximal atteint avait été de 166. Depuis le début de cette crise sanitaire, en mars 2020, jamais un tel taux n’avait été atteint en Charente-Maritime. Même s’il reste bien en-deçà de la moyenne nationale des taux d’incidence, le plateau n’est pas atteint en Charente- Maritime, la progression continue et Pierre Thépot et le Dr Godeau sont bien incapables de prédire la date de survenance et le niveau du pic.

Une situation hospitalière très tendue

Cette situation est similaire au sein de l’ensemble des établissements du Groupe Hospitalier, avec une forte tension sur ses capacités. Au vendredi 16 avril à 12h, étaient comptabilisés à La Rochelle, trente-quatre patients COVID+ dont quatorze en réanimation (sur une capacité de quatorze lits). Il restait uniquement une place en réanimation non COVID. Ainsi que cinq patients au Centre Hospitalier de Rochefort, qui n’accueille pas les formes graves.

« Les patients hospitalisés et en réanimation ont généralement entre 40 et 70 ans. Depuis la mise en place de la vaccination, nous prenons en charge moins de patients âgés et de résidents en EHPAD. Les effets sont d’ores et déjà visibles puisque le vaccin a pour objectif d’empêcher les formes graves. En termes de variants, 80% des formes COVID+ concernent le variant britannique (peu concernent les variants Sud- Africain ou Brésilien). Nous constatons qu’il n’y a pas de formes graves chez les enfants. Deux ou trois enfants ont été détectés en pédiatrie, hospitalisés pour une autre cause. A l’inverse des femmes enceintes, qui sont de plus en plus touchées. » ont précisé les deux responsables. « On constate davantage de formes plus graves chez les plus jeunes, le taux de mortalité est estimé supérieur de 60 % avec le variant britannique, par les autorités de santé ».

Envisager 70 à 80 % de déprogrammations

Depuis le mois de novembre, les capacités du service de Réanimation ne sont pas revenues à la normale. En effet, les établissements ont fait face comme beaucoup d’autres à la 3ème vague, mais aussi à de nombreux foyers épidémiques dans les services en janvier 2021. Cette situation les a contraints à déprogrammer jusqu’à 50% des hospitalisations selon la spécialité (ophtalmologie orthopédie…). Les urgences, ainsi que la cancérologie, ont été néanmoins maintenus.

Afin d’adapter les capacités, il a fallu renforcer les équipes par du personnel paramédical et médical. Par exemple, les anesthésistes habituellement au Bloc opératoire sont venus renforcer les réanimateurs pour la prise en charge de patients COVID et non COVID. Ce qui explique la fermeture de salles de bloc opératoire.

Si les admissions en réanimation devaient encore augmenter, il faudrait encore délocaliser des lits de bloc opératoire et envisager 70 à 80 % de déprogrammations, s’inquiètent en choeur Pierre Thépot et Thierry Godeau. Les deux tiers des patients admis en réanimation y restent a minima deux à trois semaines, « même si nous disposons désormais de techniques d’oxygénothérapie que nous ne pratiquions pas il y a un an, permettant de limiter le placement en réanimation ».

Interrogés sur l’impact du weekend pascal, qui a connu une forte migration de populations citadines sur notre littoral atlantique et nos îles, les dirigeants du groupe hospitalier ne croient pas que cette poussée du taux d’incidence local soit liée, tout en avouant qu’ils n’ont pas l’information de l’origine des patients hospitalisés.

269 décès Covid à la mi-avril 2021

Si le nombre cumulé de décès liés à la COVID-19 enregistré à l’hôpital de La Rochelle était de 27 au 15 avril 2020, il a atteint les 269 personnes à la mi-avril 2021, dont 91 depuis le mois d’août 2020.

Pour la journée du mercredi 14 avril, le groupe hospitalier a comptabilisé : 123 passages aux urgences dont 6 pris en charge dans la zone COVID (5 hospitalisés), 613 appels entrants au Centre 15 et 7 affaires COVID. L’activité de la médecine de Ville et le nombre d’affaires liées à la COVID-19 au Centre 15 sont des indicateurs qui permettent d’évaluer le niveau épidémique. Généralement, le pic épidémique en Ville atteint les hôpitaux 15 jours plus tard. A ce jour, l’activité progresse en Ville, ce qui inquiète les dirigeants du groupe hospitalier, qui pensent que l’activité hospitalière progressera encore.

Depuis le 1er janvier 2021, 267 agents ont été testés positifs, soit 445 agents depuis le 18 août 2020. Plusieurs services sur l’ensemble des établissements sont concernés par des dépistages collectifs, lorsqu’un cas positif est détecté, afin de limiter la contamination. Sur cette dernière vague, les agents ont été relativement moins touchés que la précédente, notamment en raison de la vaccination.

La vaccination, point majeur pour sortir de l’épidémie

Deux centres de vaccination sont ouverts. Le premier, à La Rochelle où sont disponibles les vaccins Pfizer et AstraZeneca, pour l’ensemble des agents des Hôpitaux La Rochelle-Ré- Aunis, les professionnels de santé libéraux du territoire et les patients hospitalisés notamment en SSR et les femmes enceintes : une procédure est en cours afin de permettre la vaccination des femmes enceintes avec Pfizer. C’est un sujet d’inquiétude, puisqu’elles sont à risque de développer des formes graves de la COVID, l’hôpital a eu à gérer un cas de femme enceinte qui a failli partir en réanimation. Leur vaccination est donc nécessaire, ont fortement insisté Pierre Thépot et le Dr Thierry Godeau.

Selon les dernières recommandations de la Haute Autorité de Santé, les professionnels de moins de 55 ans recevront une 2ème injection avec une dose de Pfizer et les professionnels de plus de 55 ans avec l’AstraZeneca. Sur le Centre Hospitalier de Rochefort, est disponible le vaccin Pfizer, pour l’ensemble des agents, ainsi que les professionnels de santé libéraux du territoire.

Des permanences sur l’ensemble des sites sont organisées afin de permettre un accès au vaccin à l’ensemble des agents. A ce jour, environ 60% des agents ont été vaccinés par au moins une première injection. La Pharmacie Inter Hospitalière des Hôpitaux La Rochelle-Ré-Aunis est chargée de stocker et préparer le vaccin Pfizer, afin de le mettre à la disposition des centres de vaccination en Ville et des différents établissements du Groupe.

Quid des transferts ?

Un dispositif d’évacuation sanitaire est organisé entre la Nouvelle- Aquitaine et la Région parisienne. Les capacités de l’Hôpital de La Rochelle étant à ce jour à leur maximum, il est dans l’incapacité d’accueillir des patients d’autres régions, de manière optimale. Le Groupe Hospitalier Littoral Atlantique participera à cette aide collective lorsque les capacités diminueront. Il est néanmoins à noter que des transferts réguliers sont organisés entre les hôpitaux de nos régions.

Quelle efficacité du semi-confinement ?

Enfin, interrogés sur l’efficacité des actuelles mesures sanitaires de « semi-confinement » les responsables hospitaliers sont restés prudents. « D’un point de vue strictement médical, confiner un mois de façon plus strict, plutôt que de confiner à moitié sur une plus longue période serait sans doute plus efficace, mais il ne faut pas sous-estimer les décompensations psychiatriques et en matière de santé mentale, certains sont en grande difficulté. On peut cependant constater qu’un confinement strict allié à une vaccination importante, comme en Grande Bretagne ou en Israël, ont abouti à une situation où il n’y a presque plus de cas… »

Nathalie Vauchez

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