Territoire

Interview de Corinne Imbert, sénatrice et conseiller général

Corinne Imbert, sénatrice de charente Maritime (aux côtés de Dominique Bussereau) évoque son engagement politique. (c) Laurent Kaczmarek

Corinne Imbert, une femme engagée et déterminée

Corinne Imbert aux côtés de Dominique Bussereau, en juin 2014, lors d’une visite de chantier de la Maison de la Charente-Maritime Pays rochelais - Ré - Aunis. (c) Laurent Kaczmarek
Publié le 10/11/2014

Pharmacienne, Maire de Beauvais-sur-Matha depuis 2006, vice-présidente du Conseil général de Charente-Maritime en charge des affaires sociales depuis 2008, nommée au grade de chevalier de la Légion d’honneur en 2012, et première femme Sénatrice de la Charente-Maritime élue le 28 septembre dernier, Corinne Imbert est désormais « la » femme politique du département. Ré à la Hune l’a rencontrée pour évoquer son parcours et ses motivations.

Ré à la Hune : Comment êtes-vous venue à la politique et avez-vous réalisé un tel parcours ?

Corinne Imbert : Je suis née à Versailles, j’ai grandi à Bois-D’Arcy puis j’ai eu un coup de foudre pour un jeune pharmacien que j’ai suivi sur ses terres à Beauvais-sur-Matha où je vis depuis 34 ans. Je n’étais pas prédestinée à la vie politique, c’est le destin… Mes enfants et mon métier ont été ma priorité, je me suis engagée dans la vie associative puis en tant que conseillère municipale en 1995 après le décès de mon mari, je suis devenue 1ère adjointe en 2001, puis maire en 2006. Mon élection au Conseil général en 2008 fut une grande surprise. Dominique Bussereau m’a accordé une grande confiance en me proposant la fonction de vice-présidente du Conseil général en charge des affaires sociales, puis d’être sur la liste des candidats de la majorité départementale pour les Sénatoriales.

Même si être une femme n’est pas si facile en politique, cela aide bien dans certaines circonstances, et notamment du fait de la parité. Celle-ci ne doit pas être à mon sens réductrice pour les femmes ni jusqu’au-boutiste, encore moins avoir pour conséquence de se priver des compétences masculines. J’ai été très bien soutenue par Dominique Bussereau, Daniel Laurent, Stéphane Villain avec lesquels nous avons mené une campagne très volontaire et solidaire pour les Sénatoriales.

Comment vous positionnez-vous sur l’échiquier politique et la politique est-elle une affaire de famille ?

Mes parents étaient Gaullistes, ils m’ont inculqué les valeurs de travail, de famille, d’honnêteté, de simplicité mais n’ont jamais eu d’engagement politique. Mon frère, Bruno, s’est engagé bien plus tôt que moi en politique et est luimême vice-président du Conseil général de la Vienne en charge des affaires sociales ! Si je suis de droite, je tiens à une certaine forme de liberté, c’est pourquoi je n’ai jamais été encartée à l’UMP et je n’ai jamais eu de pression dans ce sens. Je suis plus dans le pragmatisme que dans l’approche politicienne, ce qui me permet de transcender les clivages ; et puis les mandats territoriaux sont assez peu « politisés » et au Conseil général si le débat est parfois animé, il y règne une ambiance plutôt conviviale toutes appartenances politiques confondues. Côté Sénat, il y a par contre de vrais enjeux politiques, puisque je fais partie de la nouvelle Majorité, qui est en opposition au Gouvernement. Cela ne nous empêche pas de très bien nous entendre avec Bernard Lalande, élu de Charente-Maritime de gauche.

Quelles sont selon vous vos principales qualités ?

J’exerce un métier de pharmacien dans lequel je n’ai pas le droit à l’erreur. Le doute est essentiel, non pas comme un élément de fragilité mais quelque chose qui vous tient en éveil, il faut rester vigilant en permanence. J’ai un bon mental, je m’intéresse aux autres – fondamentalement – et je travaille beaucoup… Je pense avoir l’énergie nécessaire pour participer à l’effort de réforme et de redressement de notre pays.

Vos multiples casquettes doivent impliquer une organisation sans faille et contraindre la vie personnelle ?

C’est effectivement un peu sportif de tout tenir, depuis la pharmacie jusqu’au Sénat en passant par le Conseil général et la mairie, sans oublier mes enfants et mes amis mais je suis très bien aidée.

A la pharmacie, je suis très bien entourée, au Sénat j’ai un collaborateur à Paris et des attachés parlementaires à La Rochelle et Beauvais, au Conseil général nous formons un duo avec Jean- Claude Godineau, également en charge des affaires sociales. Ainsi, je travaille 6 jours sur 7, je suis désormais 2 jours par semaine – voire 3 comme en ce moment – à Paris, 2 jours au Conseil général, et j’ai des adjoints efficaces à la Mairie et à la pharmacie. Côté Communauté de Communes des Vals de Saintonge, je participe aux réunions du Bureau mais n’ai guère le temps de m’y investir davantage.

Concernant mes enfants, je continue de les voir régulièrement, puisque Guillaume travaille à la pharmacie et Stéphanie, qui a suivi des études en sciences politiques, est mon attachée parlementaire et je me ressource auprès de ma famille et mes amis, qui sont vitaux dans mon équilibre de vie, j’ai la chance d’être très bien entourée. Côté sports je fais du cyclotourisme pendant les vacances, mais je n’ai plus le temps d’en faire autant qu’avant.

Quelles ont été vos principales actions au Conseil général de Charente-Maritime depuis 2008 ?

Nous avons, Jean-Claude Godineau et moi élaboré cinq schémas départementaux d’action sociale pour les personnes âgées, l’habitat, la petite enfance, la prévention et la protection de la petite enfance et les personnes adultes handicapées. Ces véritables « feuilles de route » incluent un diagnostic/ état des lieux, des priorités et des capacités financières et visent à être le plus pertinent et le plus efficient possible dans les actions du Département. Autrement dit, comment faire mieux avec moins de moyens ! Il s’agit maintenant d’assurer et suivre leur mise en oeuvre.

« Il va falloir réaffirmer la place des Communes et des Départements face aux Intercommunalités qui ont pris une forte importance  »

Je fais partie des défenseurs du maintien des Conseils généraux, notamment dans un souci d’équité sociale au sein de chaque département. De même que je crois qu’au sein des futures grandes Régions il va falloir réaffirmer la place des Communes et des Départements, face aux intercommunalités qui sont certes une entité de projet et de cohérence d’un territoire mais ont pris une forte importance…

Comment appréhendez-vous votre tout nouveau mandat de Sénatrice ?

Le symbole mais aussi la responsabilité sont énormes ! Il s’agit d’un mandat dont tout le monde rêve et un honneur. Le Sénat a un rôle fondamental, la réforme territoriale est le premier gros dossier avec la clarification des compétences des Régions et des Départements et leurs délimitations. Je compte être active au sein de la commission des affaires sociales et défendre une présence médicale sur tout le territoire national. Une bonne connaissance du terrain et un travail de proximité sont essentiels.

J’ai déjà interpellé la Garde des Sceaux, Christiane Taubira, sur le projet de centre pénitentiaire à Fontenet et la commission des affaires sociales a déjà auditionné Didier Migaud, premier Président de la Cour des Comptes, et Marisol Touraine, Ministre des affaires sociales, sur l’application des lois de financement de la Sécurité Sociale et sur la loi 2015.

Propos recueillis par Nathalie Vauchez

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