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Christelle Rivalland : favoriser l’ouverture culturelle
Recrutée en 1996 pour réaliser l’inventaire de la bibliothèque du Musée Ernest Cognacq (MEC), Christelle Rivalland en est devenue la directrice en 2020 et l’a doté, trente ans plus tard, d’une équipe solide et compétente ainsi que d’un rayonnement culturel allant au-delà de l’île de Ré.
Vive, intelligente, munie d’une culture impressionnante, Christelle Rivalland s’est totalement investie dans les missions permanentes du Musée Ernest Cognacq et dans sa modernisation lorsqu’elle arrive à la direction du musée en 2020, après en avoir pratiqué tous les métiers depuis conservateur du patrimoine jusqu’à commissaire d’exposition. Son premier challenge!avait alors été de prendre la direction en main. Et ce n’est pas si simple lorsque l’on a travaillé plusieurs années au sein d’une équipe qu’on va devoir apprivoiser d’une nouvelle manière, tout en procédant au réajustement des positions de chacun. Christelle Rivalland doit montrer d’autant plus de doigté qu’elle tient à cette équipe en raison de sa qualité humaine et intellectuelle. Son second challenge consistera à mettre en place sa propre forme de management, différente de ce qui a pu exister jusque-là. Elle ne se sent pas tenue de «faire comme» la précédente directrice même si celle-ci avait donné un premier élan au musée. Elle se posera de nombreuses questions et finalement se fera confiance. Christelle grandira et s’épanouira au sein de cette direction en appliquant ses propres idées et en convaincant son équipe du bien-fondé de celles-ci. Elle gardera toujours en tête l’intérêt du service avec à ses côtés une équipe motivée et bienveillante et réussira ainsi à avancer sans heurt.
Contourner les difficultés qu’il était impossible de prévoir
Cette nouvelle direction va s’installer en pleine crise sanitaire et les fermetures des établissements culturels considérés comme «!non essentiels! » par le gouvernement vont s’enchaîner. Une fois absorbé ce choc qui en dit long sur l’importance accordée à la culture et à sa transmission, la difficulté pour l’équipe sera de maintenir le lien avec le public. Christelle fait alors preuve d’imagination pour alimenter la communication et faire vivre les réseaux.
L’année 2022 sera particulièrement difficile. Christelle perd sa mère. Elle est touchée en plein coeur. Ce décès provoque un véritable séisme dans sa vie, même si l’onde de choc s’atténue quelque peu, le chagrin est douloureusement présent. Et pour compliquer la situation, Léa, collaboratrice en charge de la communication, quitte le musée à la veille de la saison et doit être remplacée en urgence. Evéhanne la remplace en septembre 2022 stabilisant l’équipe, qui, depuis, n’a plus bougé.
Faire du musée la porte d’entrée du territoire rétais
La conception de la culture selon Christelle est vaste et généreuse, et en relation avec la nature et le monde environnant. Elle aimerait que le musée devienne la porte d’entrée du territoire et qu’il donne aux visiteurs les clés pour mieux comprendre l’île.
Ainsi la refonte du parcours scénographique du musée a été effectuée dans l’aile contemporaine, consacrée à l’histoire de l’île de Ré. La programmation des expositions diversifiée, alternant l’historique et l’artistique, a été mise en place et la spécialité du Musée Ernest Cognacq d’avoir une collection Beaux-Arts lui a insufflé une nouvelle dynamique.
L’amélioration de la communication a donné plus de visibilité au musée et les résultats se sont rapidement faits sentir. Le musée plafonnait habituellement entre onze mille et treize mille visiteurs l’an, il en reçoit maintenant seize mille et la courbe est ascendante. Christelle insiste cependant!: «Ce n’est pas que de mon fait. L’élan avait été donné par Julia Dumoulin- Rulié et par la force de l’équipe sans laquelle je ne fais rien et je tiens vraiment à ce qu’ils soient salués et reconnus pour leur investissement et leur engagement.»
Donner du sens à ce qu’elle fait, un impératif vital
Son plus grand bonheur, Christelle le trouve dans les retours du public. Ses commentaires notés sur le livre d’or et les réseaux lui permettent ainsi de suivre ses réactions. Le soutien de ses collègues, parfois dubitatifs quant à ses propositions et qui finissent par être convaincus, fait aussi partie de ses profondes satisfactions.
Aller au contact de publics empêchés, comme par exemple les détenus de la Maison Centrale de Saint-Martin de Ré est « une activité qui l’ancre dans la réalité et dans la nécessité de ce qui doit être fait». Elle a mis en place un partenariat culturel soutenu avec la Maison Centrale de Saint-Martin, qui a abouti à des ateliers artistiques permettant à des détenus de réaliser des oeuvres exposées ensuite au musée, le dernier en date de ces événements étant l’exposition «Portraits» en 2025. Christelle participe également à des conférences et activités menées en milieu carcéral, autour de thèmes historiques ou artistiques (comme l’histoire de l’art ou la scénographie d’expositions), marquant son engagement pour une action culturelle « hors les murs » qui dépasse la simple exposition en salle. Elle intervient régulièrement lors d’événements associatifs et culturels, témoignant de l’ancrage du musée dans la vie locale.
Avoir envie
Christelle Rivalland fourmille d’idées pour offrir toujours plus et mieux aux visiteurs du musée. Elle a des projets mais manque de moyens pour les réaliser. Les trouver est une partie importante de son activité. Elle collabore à cet effet étroitement avec des partenaires susceptibles de l’aider, parmi lesquels l’AAMEC* dont le soutien a permis l’achat ou la restauration de nombreuses pièces. Consciente que le poste qu’elle occupe demande un gros investissement personnel et de se renouveler sans cesse, elle se sent toujours animée par la même envie d’aller plus loin, de faire sauter les verrous et préjugés qui rendent le public aveugle et de prendre du plaisir à le faire.
*Association des Amis du Musée Ernest Cognacq
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