Politique

Portrait

Catherine Bouyer, une Rétaise exigeante et humaniste

La porte du bureau de Catherine Bouyer à la mairie de Rivedoux est toujours ouverte pour tous...© Nathalie Vauchez
Publié le 11/12/2019

Après quarante-deux années de vie professionnelle passées au sein de la Mairie de Rivedoux, dont elle est la DGS* depuis 1993, Catherine Bouyer s’apprête à décrocher pour profiter un peu de la vie. Et de son île, qu’elle aime toujours autant.

Forcément en 42 ans elle en a fait du chemin, elle qui a été recrutée début janvier 1978 comme agent de bureau dactylographe par Roland Vergnaud, Maire de Rivedoux-Plage. Fille, petite-fille, arrière-petite-fille de Maritais et Rivedousais très engagés dans la vie publique et associative à l’image, par exemple de son arrièregrand- père Emile Poitevin qui fut 1er adjoint à la Mairie de Rivedoux dès sa création, en 1928 aux côtés de Théodore Porsain, et dont une rue porte désormais le nom : « une belle reconnaissance » dit-elle avec fierté. Ou encore de son père, Marcel Bouyer, qui fit un mandat à Rivedoux et a voué sa vie aux autres, via le foot, le théâtre, une fois ses journées d’agriculteur et ostréiculteur terminées.

Une belle revanche sur la vie

Elle a pris une belle revanche sur la vie, elle qui s’est mariée très jeune, à 19 ans, et n’a pu poursuivre d’études après son Bac. Après la naissance de sa fille, Lauriane, en juillet 1982, qu’elle va élever seule, poussée par sa mère qui sent bien son potentiel, Catherine passe les concours les uns après les autres, va suivre des cours à La Rochelle et à Poitiers, tout en assumant les tâches quotidiennes de gestion communale, obtient tous les diplômes jusqu’à celui d’Etudes Supérieures de d’Administration Territoriale en 1992, est intégrée dès 1993 dans le cadre d’emplois des Attachés Territoriaux exerçant les fonctions de Secrétaire Générale, puis nommée au grade d’Attaché Principal le 1er janvier 2011.

Elle a ainsi travaillé avec Roland Vergnaud (1977- 1 9 8 3 ) , p u i s Marius Héraudeau (1983-1989), Yves Chapon (1989- 2003) et André Prandi (2003-2005) avant l’élection de Patrice Raffarin qui terminera le mandat de 2005 à 2 0 0 8 , a v a n t d’être réélu à deux reprises.

Elle en a des anecdotes à raconter. A peine arrivée à la mairie, elle vit en direct la démission du Conseil municipal en février 1978 qui proteste ainsi contre l’augmentation des tarifs décidés par la Régie des passages d’eau. Le Préfet nomme alors une délégation spéciale constituée de trois anciens élus, avant de nouvelles élections en avril 1978.

De mauvais et de très bons souvenirs

L’incendie de la mairie en février 1987 – heureusement l’état civil n’a pas été touché – qui implique plusieurs déménagements avant la réintégration des locaux en janvier 1988, les tempêtes de janvier 1979, décembre 1999 puis Xynthia le 28 février 2010 l’ont évidemment marquée : « Si les dégâts de la tempête de 1999 ont été impressionnants, c’est surtout le choc psychologique vécu par certains habitants évacués à la suite de Xynthia, qui ont vu la vague exploser à leur porte et qui ont bien pensé vivre leur dernière heure, qui m’a profondément marquée. Leur traumatisme et leur détresse étaient palpables… On a vraiment touché du doigt ce que le mot solidarité veut dire. »

J’ai aussi de très bons souvenirs, comme celui de l’inauguration du Pont le 15 février 1988, alors qu’il n’était pas complètement terminé après seulement neuf mois de travaux. Enfin ! l’île était reliée au continent, cela a transformé notre vie. Je l’ai vécu comme une délivrance. Je me sentais de plus en plus prisonnière sur cette île où une simple sortie au cinéma à La Rochelle devenait toute une aventure… Impossible après le bureau d’aller faire une course à La Rochelle, les files d’attente étaient trop longues…

La population a augmenté de 50 % entre deux recensements, nombre de commerçants rochelais, notamment, ont fait le choix de venir vivre sur l’île dès l’ouverture du pont. Je me souviens, nous n’arrêtions pas de remplir les demandes d’abonnement de résidents ».

Evidemment elle a vécu en direct et oeuvré à toute la transformation de Rivedoux : « J’ai participé à ce formidable challenge : donner une âme à ce village, Rivedoux n’est plus « le paillasson de l’île de Ré » comme un journaliste a pu l’écrire, c’est le village où les gens ont envie de s’arrêter, venir au marché, prendre un verre sur la place… »

« J’ai évolué avec la Commune, avant on avait une totale maîtrise des règlements, mais il y a désormais des modifications perpétuelles, on passe notre temps à tout contrôler pour être dans les clous, tout devient trop complexe. J’ai décidé de partir donc en février 2020, avant la préparation des élections municipales, l’élaboration du nouveau budget, etc. Je prendrai le temps qu’il faudra pour transmettre le flambeau à ma remplaçante, qui occupe les mêmes fonctions à Vérines, commune de taille similaire. »

Et après ?

« Il sera très difficile pour moi de dire adieu à tout cela… Un livre de 42 ans se ferme. Une nouvelle page doit s’écrire. »

Cette page va vite se remplir, avec ses envies de voyage en compagnie de Didier, qui porte le même nom qu’elle par le plus grand des hasards puisque lui n’est pas originaire de l’île de Ré. Didier qu’elle a rencontré justement à la mairie où il est élu depuis trois mandats (2001 – 2020) : lui aussi a décidé de décrocher, et de ne pas se représenter aux prochaines élections municipales. Ils sont tombés amoureux de la Costa Brava, de la Bretagne, de la Grèce ou encore de l’Andalousie, bref que des endroits en bord de mer… Catherine voudrait aussi prendre le temps de faire du sport, de continuer son engagement en tant que trésorière au Rotary Club île de Ré, de profiter de la vie, de penser à elle…. et surtout, surtout de s’occuper davantage de sa petite fille de deux ans prénommée Mathilde, « un amour, une merveille ».

« Et puis je suis heureuse de vivre sur ce territoire, je vois toujours l’île avec les mêmes yeux, je suis fière d’y habiter, chaque village a son identité propre. »

Avec le départ de Catherine, l’équipe des agents municipaux et les élus vont perdre une directrice toujours à l’écoute, empathique, attentive à chacun. Ils pourront toutefois régulièrement la croiser dans les rues de Sainte-Marie et de Rivedoux-Plage, ou encore partager un verre avec elle et Didier face à l’esplanade de la mer…

*DGS : Directrice générale des Services. Avant la fonction s’appelait « Secrétaire générale de mairie ».

 

Le mot du Maire, Patrice Raffarin

Catherine Bouyer fait valoir ses droits à la retraite après plus de 40 ans passés au service de notre village, à compter du 1er février 2020.

J’éprouve des sentiments contradictoires où se mêlent joie, pour le temps qu’elle va enfin pouvoir consacrer à sa famille, mais aussi pincement au coeur et regret en raison des liens tant professionnels que personnels qui ont pu se tisser au cours des années.

Catherine, tout au long de sa carrière à Rivedoux-Plage, a mis au centre de sa vie professionnelle l’intérêt public de l’action municipale. Ce sens des valeurs du service public caractérise parfaitement sa personnalité : discrète, rigoureuse, consciencieuse, humaniste et à l’écoute des autres.

Depuis mon élection en tant que maire, en 2005, je n’ai eu qu’à me réjouir de nos relations professionnelles. J’ai apprécié la relation de confiance qui s’est instaurée au sein de notre binôme, sa loyauté et son énergie au travail.

Sa connaissance approfondie des différentes administrations, ses conseils et remarques justifiées m’ont été très souvent utiles dans mes fonctions de maire.

Pour l’avoir enfin souvent constaté, Catherine a toujours su accorder une oreille attentive et disponible aux agents, même lorsqu’elle était surchargée de travail et défendre le plus équitablement possible leurs intérêts.

Une page, que dis-je, un livre se ferme, d’autres pages s’écriront… Au nom de notre village reconnaissant et au nom de nous tous, merci Catherine !

Nathalie Vauchez

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