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Débat

AG MAT-Ré : l’association sur tous les fronts

Le GPM et l’Ile de Ré, un face à face difficile.
Publié le 06/11/2018
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Nous l’avions annoncée et nous étions présents. L’association MAT-Ré, a tenu son AG le 27 octobre dernier dans la salle de réunion de la mairie de La Flotte.

MAT-Ré est connue pour son combat de longue date contre la cimenterie Eqiom, commencé début décembre 2010, et qui n’a cessé depuis de mobiliser énergie et moyens pour répondre à ses multiples rebondissements. Mais il semble que contre vents et marées, l’association et ses adhérents tiennent bon, puisque ces derniers étaient près de 80% présents ou représentés, donnant ainsi un large quitus aux membres du Bureau.

Un rapport sur fond de complexités juridiques

Après avoir rappelé le nombre d’adhérents (113 en 2017) par ailleurs en « constante progression », le président Frédéric Jacq a livré ses rapports à une audience attentive. Sans surprise, c’est le plan juridique qui est à l’honneur, MAT-Ré étant engagée dans de nombreuses procédures.

Une victoire (provisoire)

Frédéric Jacq évoque la décision de la Cour Administrative de Bordeaux, qui a annulé le 12 juin 2018 après délibéré, l’autorisation d’exploitation délivrée par la Préfecture le 6 décembre 2010 au cimentier suisse Holcim (devenu Eqiom). Autre point de satisfaction : cette annulation ne donne pas possibilité à l’industriel de solliciter une nouvelle autorisation. Le Tribunal de Bordeaux est donc venu s’inscrire en contradiction avec le jugement rendu par le Tribunal administratif de Poitiers en 2015, qui, après avoir lui aussi annulé cette première autorisation suite à un recours mené en 2011 par la CdC et la commune de Rivedoux, laissait néanmoins à l’industriel la possibilité d’en obtenir une seconde, chose faite en 2016. A noter que depuis la décision judiciaire bordelaise, la Cimenterie Eqiom a engagé une action de pourvoi en Cassation qui devra au préalable recevoir l’assentiment du Conseil d’Etat. Une réponse qui sera suivie de près par MAT-Ré et ses avocats. Car c’est désormais la validité de la seconde autorisation qui est dans le collimateur. Et même si MAT-Ré risque fort de se faire débouter à Poitiers de son recours déposé en 2017, l’association n’exclut pas de mener ce second recours devant le même tribunal de Bordeaux. Choisissant ainsi la transparence de l’information, Frédéric Jacq précise que tout se jouera dans les prochaines semaines.

Des démarches juridiques sur tous les fronts

MAT-Ré revendique une exigence de vérité concernant les autres dossiers en instance. En premier lieu, celui ouvert par la Chambre régionale de la Cour des Comptes de Bordeaux concernant le versement de 638 000 € d’honoraires par la CdC rétaise à une avocate entre 2010 et 2015, dont une part dans le cadre du recours de 2011 contre la cimentier suisse Holcim. « Une situation troublante qui soulève des questions » pour Frédéric Jacq, rappelant que ledit dossier a retenu l’attention du parquet national financier et que MAT-Ré a déposé une « plainte contre X au printemps, se constituant ainsi partie civile ». Autre dossier en cours, celui lié à des soupçons d’arrangements financiers dans l’industrie financière, avec plainte déposée devant le PNF et constitution là aussi, de partie civile. « Un dossier franco-français soumis au secret de l’instruction » précise Frédéric Jacq, insistant sur le fait que dans tous les cas, la présomption d’innocence doit être respectée. A la justice donc, de faire son travail. Le Président de l’Assemblée obtient l’unanimité des présents et représentés sur les rapports d’activité, moral et financier de l’association.

Des nouvelles du Grand Port Maritime de La Rochelle

C’est à Michel Lardeux que revient ce compte-rendu des activités du GPM, « un sujet d’intérêt général » précise son vice-président qui évoque le groupe de travail constitué avec les associations R.E.S.P.I.R.E de La Rochelle et Ré Nature Environnement.

Une vigilance accrue

Michel Lardeux évoque quelques-unes des grandes ambitions du complexe agro-industriel portuaire de La Pallice, inscrites au projet de développement sur la période 2014 à 2019, bientôt suivies d’autres courant jusque 2025. Parmi elles l’amélioration des accès maritimes au moyen d’une vaste opération de déroctage et dragage qui concernera quelques 700 000 tonnes de vases. Analysées, celles-ci ont révélé des traces de thoriom, un métal dont un élément est radioactif et ne pourront donc être traitées par le centre de sédiments, celui-ci étant dédié à des déchets classés inoffensifs. Un gros dossier suivi de près par l’association Ré Nature Environnement sur l’ensemble des procédures, et qui pourrait induire des risques de pollution des eaux du côté de la plage Sud de Rivedoux.

Une curieuse idée à surveiller

Michel Lardeux évoque également une idée surgie lors d’une commission du Conseil de Développement du Grand Port. Il s’agirait d’envisager une escale rétaise pour les paquebots touristiques. Pourquoi ? Question de standing (un décor industriel n’étant pas très glamour) mais également d’évolution de la réglementation européenne en matière d’escales voyageurs à proximité de zones dangereuses. Il faudrait alors trouver une autre solution pour répondre aux besoins, celle-ci pouvant éventuellement venir de l’ancien embarcadère de Rivedoux. Michel Lardeux évoque alors un article paru dans le journal Sud-Ouest en janvier 2016. On peut y lire qu’un test d’accostage sur ordinateur a même été réalisé, simulation dont aurait été informé le maire de Rivedoux Patrice Raffarin, la commentant ainsi : « J’ai toujours dit qu’il fallait conserver l’appontement de Sablanceaux. Je n’ai pas d’idée forcément négative sur l’accostage de paquebots sur Ré, si ce n’est qu’il faudrait éviter les mastodontes ». Précisons qu’il s’agit d’une hypothèse à trente ou quarante ans. Enfin, Michel Lardeux ne manquera pas d’évoquer, parmi ses sujets d’inquiétude, l’évolution de la gouvernance du GPM, avec l’entrée de Bolloré Ports, acteur majeur de la manutention mais également celle de la Région et les risques de rivalité se dessinant entre Bordeaux et La Rochelle.

Pauline Leriche Rouard

REACTION

Patrice Raffarin tient à remettre les pendules à l’heure

Sur cette rumeur de projet d’accostage de paquebots de croisière à la pointe de Sablanceaux, Patrice Raffarin tient à lever toute ambiguïté.

Un pôle multimodal

Rappelant que la pointe de Sablanceaux est une entité foncière privée gérée par le Département, Patrice Raffarin évoque le Plan Global de Déplacement (PGD) élaboré dans le cadre du SCoT et qui prévoyait que le site puisse devenir un pôle multimodal offrant une alternative à la voiture individuelle. Ainsi y trouvet- on déjà une aire de covoiturage, une piste cyclable et l’espace nécessaire aux navettes électriques ou thermiques. Reste cet appontement pour l’heure en piteux état, auquel Patrice Raffarin tient pour trois raisons : la première à titre patrimonial puisqu’il est le seul vestige rappelant le temps des bacs. La seconde en raison de sa « valeur sécuritaire » car – sous réserve de sa réhabilitation – il reste une solution d’évacuation ou de desserte de l’île en cas de problème majeur. Et enfin, parce qu’il est vrai qu’il pourrait accueillir des navires.

Pourquoi pas des liaisons maritimes ?

Rappelant la définition du terme paquebot (navire de dimension moyenne servant au transport du courrier et de passagers), M. le Maire garde effectivement l’idée en tête. « Mais non pour accueillir des mastodontes comme je l’ai bien précisé », affirme Patrice Raffarin « Pour moi continue-t-il, le vrai problème c’est la voiture. En revanche pourquoi ne pourrait-on envisager un point d’accostage pour les bateaux d’Inter- îles ou les navettes maritimes, qui pourraient justement éviter l’utilisation de la voiture ? ». Quant à cette fameuse simulation, « il s’agissait d’un exercice comme un autre. Les pilotes d’avion euxaussi s’entraînent sur des ordinateurs. C’est presque un jeu » sourit le Maire de Rivedoux par ailleurs choqué qu’on puisse lui attribuer de telles pensées.

Pauline Leriche Rouard

DEBAT

Quel avenir pour l’Ile de Ré ?

C’est le titre simple qui invitait les Rétais à participer au débat proposé par l’association MAT-Ré suite à son AG. Et c’est dans une salle pleine que cette rencontre s’est déroulée.

Le thème n’est pas inédit. Et à l’heure où se précise l’élaboration du PLUI, il n’est pas non plus éculé. Il est même cher aux insulaires et à nombre d’associations. Parmi celles-ci, l’APSSC (Association de Protection des Site de Saint-Clément des Baleines) et l’AIS (Association Martinaise d’Information et de Sauvegarde) avaient choisi de participer à la rencontre.

Derriere la carte postale, un ciel moins serein.

Derriere la carte postale, un ciel moins serein.

Une volonté d’ouverture

Avant de laisser place à Michel Lardeux, Frédéric Jacq rappelle la volonté de MAT-Ré de « se repositionner sur le contexte général de l’Ile de Ré » et « d’élargir le cercle », nombreux étant ceux à témoigner de leurs inquiétudes sur la préservation du territoire. Assurant ne « pas être là pour désigner des coupables mais poser les problèmes et trouver des solutions », Frédéric Jacq égrène les grands sujets de réflexion allant de la fréquentation touristique en croissance à la possibilité d’une troisième voie sur le Pont, en passant par le poids du trafic au Sud de l’île tandis que le Nord souffre d’un problème d’accessibilité, sans oublier la fameuse règle des 80/20. Bref, le débat s’annonce dense mais l’assistance est concentrée.

Une saison « édifiante »

C’est ainsi qu’il qualifie celle qui s’achève. Michel Lardeux explique avoir « écouté et entendu beaucoup de commentaires », y compris auprès de vacanciers déçus de « la perte d’identité et d’authenticité » du territoire. « L’Ile de Ré est-elle devenue hors contrôle ?, Est-elle en bonne santé ? Faut-il attendre un point de non retour ? » martèle le vice-président de MAT-Ré se voulant lanceur d’alertes argumentées. Michel Lardeux pointe du doigt un conflit entre urbanisation et protection de l’environnement mais aussi un déséquilibre sociétal et culturel et une migration patrimoniale conduisant les jeunes hors du territoire, le tout bouleversant une harmonie qu’il conviendrait au contraire de préserver dans toutes ces caractéristiques. Il interroge également la réelle productivité d’une saturation touristique et demande s’il est bien « raisonnable de sacrifier l’Ile de Ré pour deux mois de haute saison », évoquant pour cela les rapprochements avec des associations de Noirmoutier et Oléron soumises aux mêmes constats. Evoquant la dichotomie entre Nord et Sud mais aussi la mise en danger des économies traditionnelles avec le problème de la qualité des eaux des Pertuis et la vulnérabilité d’une Ile Ré conduite par « une gouvernance centralisée amoindrissant le pouvoir des maires », Michel Lardeux souligne aussi le risque induit par l’endettement important des communes, faisant planer à terme l’ombre d’une explosion de la fiscalité locale. Considérant qu’il est très difficile « d’être politiquement incorrect », Michel Lardeux rappelle que la démarche initiée par MAT-Ré est de « donner une feuille de route claire pour tous », mais aussi de « créer une prise de conscience critique favorisant l’expression des idées » et de faire valoir « la parole républicaine et démocratique ».

La question de l’aménagement du territoire

Pour l’invité intervenant Patrick Salez, c’est bien de celle-ci qu’il s’agit, avec le tourisme comme point d’entrée pour traiter les sujets difficiles et l’ensemble des questions s’y rapportant.

Les dérives du « flux touristique »

Patrick Salez évoque les chiffres donnés par l’association des usagers du pont : sur 3 000 000 de passages, 1 000 000 sont le fait des résidents permanents. Patrick Salez note la très forte évolution touristique s’allongeant sur sept mois et ses dérives, avec pour arguments les résultats de l’étude menée par le CNRS de Nantes avec l’association des Amis de l’Ile de Ré, faisant ressortir une baisse de la qualité de vie mais aussi l’augmentation des prix ou encore la nécessité de modifier ses habitudes durant la saison touristique comme autant de nuisances, sans oublier les problèmes exponentiels de circulation. Sur cette question des transports, Patrick Salez s’interroge sur le bienfondé de la volonté de « fluidifier le trafic » prévoyant ainsi une troisième voie sur le pont, une voie propre entre Rivedoux et Sainte-Marie mais aussi des parkings, tout cela conduisant à « ouvrir à plus de population ». Quant à la mutation vers les transports en commun, il se montre sceptique, celle-ci s’annonçant « forcément très limitée ». Il en profite au passage pour dénoncer l’augmentation de la clientèle type Airbnb par nature volatile et non attachée au territoire, et l’augmentation de + de 20% des familles loueuses soit l’explosion d’une capacité d’accueil qu’il conviendrait de « geler », et la poursuite d’une stratégie de développement quantitative, « une stratégie de marque faite pour amener des touristes alors que l’Ile de Ré n’en a pas besoin ».

Equilibre Nord/Sud et résiduel constructible

C’est plutôt d’un déséquilibre Nord/ Sud qu’il s’agit, renforcé par les contraintes imposées par l’Etat en matière de prévention des risques littoraux. Une situation qui conduit, selon Patrick Salez, les deux ex-cantons à avoir des visions séparées, alors que c’est ensemble que doivent être traités différents sujets, dans une stratégie à long terme courant sur vingt à trente ans. Regrettant l’absence de stratégie prédictive, l’intervenant en vient au sujet sensible et toujours largement commenté de la règle des 80/20. En 2008, le résiduel constructible était de 300 hectares précise Patrick Salez et 200 d’entre eux ont d’ores et déjà été consommés en 2018. Il n’en reste donc plus que 100, souligne l’élu qui doute que ce ratio de 80/20 soit réellement inscrit dans le marbre, alors que pour lui il ne correspond déjà plus à la réalité : « On serait plutôt à 24% d’urbanisable contre 67% d’espaces naturels », précise-t-il, ajoutant que sont exclues du fameux ratio les surfaces destinées aux voiries ou parkings par exemple. Dénonçant une urbanisation massive dédiée aux résidences secondaires, Patrick Salez reconnaît que « des éléments de souffrance » viennent de l’Etat, tel le flou de la Loi Littoral qui peut être exploitée par les élus locaux ou encore la décentralisation à la française qui laisse latitude aux seules collectivités. Au-delà de ces constats, Patrick Salez accorde néanmoins crédit à des actions conduites dans le bon sens, notamment en matière de logements, d’affaires scolaires, sociales et culturelles. Reste à réparer rapidement certaines erreurs et trouver des solutions pérennes assurant à l’Ile de Ré un avenir plus serein. Comme il en a souvent l’habitude, c’est Léon Gendre qui aura le mot de la fin, annonçant sans ambages pouvoir définir le mal qui ronge l’Ile de Ré : ce sont tout simplement les Rétais et une soif de profit qui semble inaltérable. Le Maire de La Flotte précisera également que contrairement à ce qui a été dit, la gouvernance de l’île n’est pas si centralisée et que l’ensemble des élus locaux sont bien partie prenante et active des politiques engagées.

Pauline Leriche Rouard

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