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Le Moustique de Jean-Jacques Regaudie, sculpture acier, au Festival d'arts actuels

Festival des Arts Actuels : on M’tous L’Art !

Le Moustique de Jean-Jacques Regaudie, sculpture acier
Publié le 14/06/2017
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Rendez-vous désormais attendu, le Festival des Arts Actuels nous a proposé une 6ème édition sous le signe de l’expansion : temporelle, avec quatre jours au lieu de trois, et spatiale, avec un déploiement jusqu’à Rivedoux, qui a accueilli le temps d’un week-end, quelques œuvres sur son esplanade. Retour sur la diversité culturelle qui brille sous le soleil rhétais.

De Saint-Martin…

Point de départ de ce parcours artistique d’une grande richesse, le Musée Ernest Cognacq-Jay, la cour de l’Hôtel de Clerjotte et ses magnifiques jardins, qui ont accueilli comme à l’accoutumée la cérémonie décontractée de l’inauguration ainsi qu’une grande diversité d’oeuvres. Si les discours sont brefs, tous témoignent de l’attachement à cette grande manifestation culturelle à travers laquelle s’expriment les talents dans de nombreuses disciplines, peinture, sculpture, photographie ou installation. Les remerciements vont bon train, mais il faut dire que le travail d’organisation est énorme, de la sélection des candidats à l’organisation de l’évènement même. Des soutiens financiers (celui de la CdC notamment) aux artistes, en passant par les bénévoles et les membres du Collectif M’L’Art, il convient bien sûr de dire un mot pour chacun, avant la dispersion générale et impatiente à la découverte de cette édition 2017, initiée autour d’un thème aux facettes multiples « Terrains de Je ». Un fil rouge qui évoque bien sûr l’ego des artistes mais glisse aussi vers le « jeu » avec une facilité déconcertante : le jeu avec l’ego, avec la matière, avec la création, qui ouvre le champ des possibles à toutes les formes d’expression. Autres bonnes nouvelles, Pierre Debien nous annonce la création d’une « Artrothèque » mise à disposition des bibliothèques, maisons de retraite et autres structures, tandis que certaines œuvres monumentales resteront visibles une large partie de l’été à Saint-Martin. On se rencontrera ensuite autour d’un verre, au détour des allées du jardin, dans la lumière douce d’une fin de journée qui sublime les œuvres, ou encore dans la fraîcheur de la salle haute du musée où nous attendent les œuvres remarquables du peintre Paul Rebeyrolle.

 

Jeux d’eau et de miroirs - Lucy Schlumberger. arts actuels à St Martin

Jeux d’eau et de miroirs – Lucy Schlumberger

Délicatesse poétique - Aurélie Tressière-Soligny artiste

Délicatesse poétique – Aurélie Tressière-Soligny

Dentelle métallique - Patricia Molin. Expo festival arts actuels de l'île de Ré

Dentelle métallique – Patricia Molin.

L’Arbre de Pierre Debien, festival M'l'art, île de Ré

L’Arbre de Pierre Debien.

Paul Rebeyrolle, festival arts actuels st martin, île de Ré

Paul Rebeyrolle

 

A Rivedoux

A quelques encablures du continent, le Festival s’était délocalisé jusqu’à Rivedoux et son esplanade. Certes, il y avait peu d’œuvres mais elles se distinguaient particulièrement dans ce beau site, magnifiées par la mer en toile de fond. Patrice Raffarin et les membres de son équipe présents en ce dimanche matin ne boudèrent donc pas leur plaisir, et saluèrent chaleureusement le Collectif M L’Art, tandis que Pierre Debien en profitera lui-aussi pour exprimer sa vive reconnaissance à M. le Maire pour son implication. Alors qu’un attentat a une fois de plus assombri le paysage européen, Patrice Raffarin souhaite porter un message « d’amitié, d’amour et d’humanisme », nous rappelant avec justesse que le rôle de l’art est aussi « d’adoucir les mœurs » et rajoutons même, d’éveiller les consciences. Le verre de l’amitié conclura ensuite ces courtes interventions.

Entre l’île de Ré, ses lieux chargés d’histoire ou ses sites naturels, et l’expression artistique contemporaine, le courant passe une fois de plus. Et ce sont les images qui en parlent peut-être le mieux.

Pauline Leriche Rouard

 

L’ardoise de Michel Kirsch oeuvre d'art sur l’Esplanade de Rivedoux. :

L’ardoise de Michel Kirsch sur l’Esplanade de Rivedoux.

 

Les expositions hors Musée

À l’écart des cimaises d’Ernest Cognacq, les quatre salles d’exposition des hauts de Saint-Martin, habituellement fermées au public, ont pris des airs d’ateliers d’artistes. Ceux-ci ont accueilli le visiteur d’une poignée de main et discuté volontiers avec tout un chacun, expliqué leurs inspirations, leurs techniques afin que le visiteur s’immisce peu à peu au cœur de la création.

À la Porte Thoiras on rencontrait Claude Normandin qui exposait « L’amour sur terre » petites sculptures en bronze ou en terre cuite qui illustrent les relations humaines. Amour et fraternité, franche ? Indiscrète ? Les relations humaines s’avèrent la quatrième dimension de ses attachantes sculptures. Il partageait la minuscule salle haute avec Anne Meunier Bartoli. « Ça marche bien d’exposer ensemble » confiait-elle. Sur du papier Arche, elle calligraphie à l’encre de Chine rehaussée de pigments, des fils qui s’enchevêtrent jusqu’à former un nid dans lequel elle s’absorbe. Une abstraction du monde en profondeur mais bien au chaud.

À la Poudrière, les « Je » étaient plus nombreux, ils se frottaient à la sculpture, la peinture, la gravure ou encore le collage.

L’univers de Daniel Mohen s’attarde dans la recherche de la lumière sur fond de gris. Il explique : « Le gris est omniprésent en peinture bien qu’on ne le remarque pas, le gris est devenu une couleur à part entière, ses modulations m’inspirent » Ses travaux précédents, toujours dans la recherche de la lumière dans la couleur concentrent les nuances de jaune d’une flaque d’eau, le bleu des tables ostréicoles dans les chenaux d’Oléron. Bien loin de cette réflexion abstraite, les sculptures de Yann Léo racontent la vie, ses grands personnages en terre cuite patinée sont le reflet des épreuves qu’elle nous fait subir, elles sont parfois agrémentées d’un court poème à l’origine de l’oeuvre.

On retrouvait aussi la graveur-calligraphe Corinne Alexandre habituée du Festival. Elle extériorise son « Je » très engagé, dans une modernité de formes et une puissance de couleurs sans égal. « Quand le dernier arbre sera mort, quand la dernière rivière sera empoisonnée…, on réalisera qu’on ne peut pas manger l’argent » peut-on lire difficilement sur une épreuve, car la calligraphie est en capitale romaine, le texte en anglais et à l’envers de surcroît, mais une bonne dose de curiosité aide au décryptage de ce proverbe indien du 19ème siècle.

C’est fort, c’est grand, c’est bleu, du bleu profond qui donne envie de vivre. Dès l’abord, deux grandes toiles intenses, bleues se faisaient face dans la Salle des Colonnes. Ici encore l’abstraction du Crépuscule de Gray nous inclus dans son champs d’émotion 100 % pure, ne dit-on pas que le bleu est la couleur préférée au monde ? Et Gray nous en livre la raison. Tout à côté, alors que Catherine Danou couvre ses toiles d’aplats bayadères, comme autant de palissades qui cloisonnent nos vies, Pierre-Yvan Didry, que l’on avait déjà attentivement admiré dans la cour du musée l’an passé, présentait des sculptures mobiles. Aériennes, les pièces d’acier s’inclinent, oscillent et tournent au gré des vents, elles s’animent de leur propre vie, laissant le visiteur rêveur. Le visiteur aurait quand même préféré les voir installées en extérieur pour mieux en apprécier l’aspect éolien. Côte à côte les grands formats d’Any Roulet sont comme deux symphonies où le chef d’orchestre aurait utilisé la brosse en place de baguette. Le tumulte des cuivres gronde, les noirs se libèrent en direction du ciel, les flaques de couleurs prennent vie et l’on s’attendrait à ce que la toile nous interpelle : « Et toi, ne reste pas statique à regarder, entre dans le mouvement ! »

En un colimaçon serré, l’ascension des Campani se révèle ardue mais la frontière, une fois arrivé au sommet, était sans équivoque. En effet, dans l’atelier de Catherine Métais, l’inquiétante silhouette de la tour Karola domine de toute sa laideur, laideur des frontières inviolables qu’elle devait jadis défendre, laideur des murs de béton entre les états, qui fleurissent aujourd’hui dans le monde, laideur des armes et celle de l’horreur engendrée par l’homme. Une série en forme de manifeste contre la guerre (Lavis, encres, gouache, acrylique, sur papier, sur bâche, photographies rehaussées de peinture, de marqueur). Au pied des multiples représentations de Karola et non sans humour, le Moustique (sculpture et assemblage d’acier) de Jean-Jacques Régaudie, attendait le visiteur sur son terrain de jeu en pelouse synthétique, redonnant au visiteur un élan de légèreté, le laissant piqué à vif par tant de diversité dans l’expression artistique d’aujourd’hui.

 

La tour Karola, oeuvre de Catherine Métais

La tour Karola de Catherine Métais

Nid de Anne M. Bartoli, encre et pigments, arts plastiques, exposé à St martin de Ré

Nid de Anne M. Bartoli, encre et pigments

Gravure de Corinne Alexandre.

Gravure de Corinne Alexandre.

 

Non exhaustive, cette visite du 6ème Festival d’Arts Actuels de Saint-Martin ne représente qu’une sélection inévitable, vu le grand nombre d’artistes exposés.

Plus de détails sur le site M’l’Art, festivaldartsactuels.com

 

Véronique Hugerot

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