Patrimoine

Exposition, conférence et balade historique

William Barbotin, Jules Perrier et les anarchistes mis à l’honneur par l’AIA

Le ramassage du sel à Ars en Ré
Publié le 19/09/2017
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En organisant l’exposition William Barbotin, peintre, graveur et sculpteur d’Ars et la conférence de Didier Jung sur Jules Perrier et ses amis anarchistes, l’Association d’Information Arsaise ravive la mémoire du village.

Pas moins d’une trentaine d’oeuvres étaient réunies les 16 et 17 septembre à l’occasion des Journées du Patrimoine. L’exposition de l’AIA révéla des huiles sur toiles, des plaques, des gravures et des correspondances de William Barbotin prêtées par des collectionneurs privés ainsi que par le musée d’art et d’histoire de La Rochelle et le musée Ernest Cognacq de Saint-Martin.

Didier Jung, auteur de Les anarchistes de l’île de Ré a donné une conférence sur la période post communarde où Elisée Reclus, Jules Perrier et William Barbotin animaient le débat à Ars. Des anecdotes sur Jules Perrier et son musée ont également été évoquées.

Né à Ars en 1861, William Barbotin fait ses études à Paris où il rencontre des militants anarchistes tels Bakounine, Blanqui, Proudhon et Elisée Reclus (géographe, écrivain prolifique et théoricien anarchiste). Il publie ses gravures (les portraits de ses amis militants) dans le journal libertaire La Révolte. Lors d’un séjour en Suisse, il rencontre l’ancien communard Jules Perrier.

Des Anarchistes à Ars en Ré

Le cercle d’amis se regroupe tout naturellement à Ars quand, en 1890, William Barbotin, qui a épousé la fille adoptive d’ÉlIsée Reclus y achète une maison pour loger sa famille.En cette époque d’avènements industriels et de changements sociaux (associations de travailleurs, Internationales) la société rétaise, vivant jusqu’alors majoritairement de la vigne, du sel ou de la pêche ? s’interroge sur son avenir, le vignoble ayant subi oïdium, mildiou puis phylloxéra et le sel comme conservateur étant progressivement abandonné au profit de la glace.

Et c’est au café Forgues, futur café du Commerce et déjà haut lieu de rencontres, que Jules Perrier, ElIsée Reclus et William Barbotin tiennent leurs discussions ouvertes à tous, paysans comme militants, là qu’ils développent des théories sociales, imaginent une société libérée de toute étatisation et véhiculent les idées libertaires. L’anarchie est « la plus haute expression de l’ordre » dans le monde disait Jacques Elisée Reclus.

Jules Perrier, membre de la Commune de Paris en 1870, militant anarchiste toute sa vie n’en avait pas pour autant oublié de capitaliser ! Il avait en effet réuni une impressionnante collection d’art (960 oeuvres recensées dans son musée de la place de la Chapelle dont certaines, signées de grands maîtres comme Gustave Courbet ou Camille Corot) qu’il légua non sans difficultés à la commune en 1905, laquelle objecta qu’elle n’avait pas les moyens d’entretenir pareille collection !

La Moisson, huile sur toile de William Barbotin

La Moisson, huile sur toile de William Barbotin

Les questions qui blessent

William Barbotin fut désigné directeur du musée communal jusqu’à sa fermeture en 1907. Pendant la guerre, les oeuvres furent décrochées et remisées. Quarante ans plus tard, en 1952, les toiles ayant été jugées sans intérêt par le directeur des musées de France, une vente est organisée portant sur 166 oeuvres seulement ! Quid des 794 pièces manquantes ? Pourquoi furent-elles jugées inintéressantes en dépit de signatures de renom ? Et à qui profite le crime ? Telles sont les questions qui se posent aujourd’hui encore sur la paisible place de la Chapelle.

Véronique Hugerot

 

Sources : Didier Jung Les anarchistes de l’île de Ré aux éditions Le Croît Vif parut le 1/04/2013.

Les documents historiques (cartes postales, correspondances, actes officiels) des membres de l’Association d’Information Arsaise.

 

Les puits des Portes, une plongée dans le temps

L’association A4P pour la Protection du Petit Patrimoine des Portes s’implique résolument dans la valorisation du village. Elle a déjà travaillé à la restauration de la Cabane des Fontaines aussi appelée Maison de la Dune, elle s’investit dans la restauration d’une écluse et prévoit de s’attaquer prochainement au phare de Trousse-Chemise.

patrimoine-puits

Un puits communal sous auvent, on distingue l’encoche faite dans la margelle pour se positionner aisément.

Depuis 2013, le travail des membres d’A4P porte sur la restauration des vingtquatre puits communaux disséminés dans les ruelles du village. Leur politique, pour entretenir et remettre en état ces témoins de la vie passée, se veut le moins interventionniste possible, il n’est pas question de remettre en l’état original mais plutôt de conserver ce qui est existant et sécuriser les puits au moyen de volets avec cadenas. L’association est épaulé dans cette démarche par la Fondation du Patrimoine par les sociétés Véolia et la Saur et se place sous l’autorité des architectes des bâtiments de France.

C’est une véritable balade historique qu’offre Anne Deniel alors qu’elle guide la dizaine de visiteurs à travers les ruelles des Portes. Elle connaît son village sur le bout des doigts et lui fait partager son savoir sur l’histoire de ces maisons en pierres, autrefois chais ou granges, aujourd’hui transformées en habitations, nous faisant remarquer au passage combien le savoir-faire traditionnel en matière de bâtiment a été spolié au fil des temps au nom d’un style faussement rétais pas toujours canonique.

Les puits racontent des histoires

Au hasard des rues, on apprend qu’un puits peut avoir une margelle haute ou basse, qu’il peut être simple ou double,

Le puits double des Portes

Le puits double des Portes

pour tirer de l’eau à plusieurs, que les anciens des Portes faisaient une encoche dans la margelle pour se positionner aisément devant ou encore, d’après l a p o s i t i o n d’une encoche, que le puits est le témoin d’une appropriation abusive.

Les puits communaux ne sont plus guère utilisés par les riverains mais la plupart sont toujours en eau, ils sont peu profonds puisque la nappe phréatique se trouve ici entre six et sept mètres. Ils étaient autrefois le lieu de rencontre du quartier, car, explique Anne Deniel, quand on n’osait pas ou qu’on ne pouvait pas frapper chez quelqu’un, en raison d’une vieille querelle de village, on allait s’asseoir sur le puits voisin pour y croiser celle ou celui que l’on cherchait. Le puits ancêtre de Facebook ? On ne l’aurait pas supposé avant cette visite instructive !

L’application pour smart phone La Vérité sort du puits est disponible pour vous guider sur le chemin des puits des Portes.

Véronique Hugerot

 

Renseignements : A4P

Mairie des Portes en Ré

www.a4p-re.fr

 

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