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Premières Assises nationales du nautisme et de la plaisance : cap sur l’avenir !

Yves Parlier présente la traction par aile de kite
Publié le 06/06/2018
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Les Assises du nautisme et de la plaisance, organisées à La Rochelle les 29 et 30 mai derniers par le groupe Ouest France, ont permis aux professionnels de prendre la mesure de la filière nautique dans l’économie, la société et la culture françaises.

52 intervenants, des professionnels, des élus, ou issus des collectivités, des associations et des fédérations, ont abordé les thèmes du développement et de l’innovation nautiques, au coeur du port de La Rochelle, véritable capitale de la voile.

Près de 480 acteurs du nautisme ont assisté aux conférences magistralement orchestrées par les journalistes du groupe organisateur Ouest-France (Voiles et voiliers, Le Marin, Chasse-Marée).

Le président de la Communauté d’Agglomération de La Rochelle, Jean-François Fountaine a considéré ces premières Assises comme une prise de conscience de la force de la filière nautique qui rayonne à l’international.

Le nautisme, économie leader et volonté politique

La France est le leader mondial de construction de bateaux à voile et le 4ème producteur de bateaux moteur, 75 % des ventes vont à l’export. Près de 5 500 entreprises travaillent directement dans le secteur nautique pour un chiffre d’affaires total de 4,6 milliards d’euros. Mais c’est sans prendre en compte les retombées indirectes (ameublement, secteur inox, transport, sous-traitance, etc.) qui augmenteraient, selon une estimation, l’impact économique jusqu’à 16 ou 17 milliards !

Plusieurs leviers

Yves Lyon-Caen, président de la confédération du nautisme, a exposé les nombreux leviers à disposition pour le développement du secteur. La consolidation économique de la filière doit être un pacte à trois composantes avec les Régions, les services de l’État et les Entreprises. Le développement durable en est un paramètre à part entière qui s’inscrit dans une dimension sociale, économique et culturelle. Pour La Rochelle, vitrine du secteur nautique en puissance avec ses 5000 anneaux de ports, une démarche unique en Europe est annoncée avec la mise en place d’un pôle de déconstruction de bateaux, opérationnel dès 2019 dont l’objectif est la déconstruction de 20 à 25 000 bateaux d’ici à vingt ans.

Développer une méthodologie

Jean-François Fountaine et Lionel Quillet ont affiché une volonté politique concrète pour accompagner financièrement le développement du secteur. La gestion des ports (accueil, tourisme, zone artisanale portuaire versus pression foncière) doit être une action collective pour viser un certain nombre d’objectifs économiques et environnementaux. L’enjeu est de mieux appréhender les entreprises innovantes et cela passe par la transition numérique, l’observation nationale des données économiques, l’internationalisation des schémas économiques et le regroupement en réseau des entreprises. Pour conclure, les élus ont rappelé que la qualité du milieu marin est essentielle, la question environnementale étant une opportunité de développement supplémentaire (plages, nautisme, sport, ostréiculture, conchyliculture, etc.). En plus d’être une volonté politique, c’est une obligation de l’État que de préparer l’avenir de façon responsable.

Concilier pratiques nautiques et protection de l’environnement

Les fédérations se sont d’ores et déjà engagées dans les bonnes pratiques environnementales. Elles alertent sur les outils de gestion, comme les parcs naturels marins, qui ne doivent pas devenir des zones sanctuaires mais rester ouverts à la fréquentation et à l’utilisation des êtres humains. Dans l’archipel des Glénan, par exemple, Tom Daune, délégué général de l’école de voile, témoigne de l’innovation environnementale grâce à de jeunes entrepreneurs à qui on a ouvert le lieu et qui mettent en pratique leurs idées. Recyclage de l’eau, gestion des déchets et économie circulaire y font bon ménage avec le milieu marin. Mais d’après France Nature Environnement, l’avenir passe par la formation des usagers de demain aux bonnes pratiques environnementales.

Les assises ont rassemblé de nombreux professionnels

Les assises ont rassemblé de nombreux professionnels

Planification maritime et développement durable

Karine Claireaux, présidente du Conseil national mer et littoral, précise que les DSF ou documents stratégiques de façades prennent en compte les utilisateurs comme la population littorale, ils sont là pour préserver la liberté des uns et des autres. Il s’agit d’accompagner la plaisance dans son évolution, dit-elle, la conciliation entre activités de loisirs et activités professionnelles est par conséquent primordiale. Tout comme dans les parcs naturels marins, où la priorité est de déterminer les enjeux économiques et environnementaux et de les mettre en cohérence.

L’exemple est venu du jeune navigateur et entrepreneur, Béranger Laurent, d’Ecosailing Project qui a témoigné de sa navigation autour du monde sans énergie fossile aucune avec le bateau à propulsion électrique solaire et hydrolienne Amasia.

Les bateaux du futur

Les travaux des industriels, comme ceux des constructeurs et des Start-up s’orientent résolument vers les énergies propres. Le moteur thermique, à en croire les nouveaux concepteurs, vit ses dernières heures et plusieurs zones de navigation, à l’image de certains lacs autrichiens, sont déjà strictement réservées aux moteurs électriques, d’autres le seront rapidement comme les fjords norvégiens (en 2025). L’abaissement de la consommation reste, aujourd’hui plus que jamais, une nécessité.

Mais la forte tendance que l’on va voir se développer, notamment sur les bateaux moteurs, ce sont les foils, ces appendices qui font littéralement sortir le bateau de l’eau jusqu’à le faire voler. Le frôlement, réduit a son minima, optimise la vitesse et le confort à la mer. Aujourd’hui essentiellement mis en oeuvre sur les grands voiliers de course (les 60 pieds Imoca du Vendée Globe, America Cup), la navigation sur un bateau volant reste l’apanage de marins confirmés bien que les écoles de voiles l’enseignent déjà. Le marché du foil représente donc la plus grande valeur ajouté du marché de demain.

Nouvelle plaisance, nouvelles mentalités

Du côté de l’innovation technologique, les jeunes entrepreneurs développent des outils spécifiques pour connecter le bateau de demain. L’objectif étant d’apporter une facilité de navigation aux utilisateurs désormais plus amateurs de loisirs que marins chevronnés. Du bateau connecté, que nous utilisons déjà (way point, wi-fi, caméra de surveillance reliée au domicile, synchro à distance, etc.), on évolue doucement vers le bateau intelligent, dont les algorithmes interprètent dorénavant les données. Mais aujourd’hui, les ingénieurs vont plus loin, ils veulent un bateau autonome qui prend des décisions et agit à la place de l’utilisateur. Ivan Brignonet, directeur de Kara technologie à La Rochelle, annonce les premiers essais, avec sortie du port automatique, pour ce mois juin 2018.

Retour vers le futur

En matière d’innovation, Yves Parlier, dont la conférence a clôturé ces deux belles journées de débats, a présenté les caractéristiques de son projet Beyond the Sea. Un bateau tracté par une aile de kite, pour réduire ou anéantir la consommation de fuel, selon la taille du navire. Si la technique n’est pas nouvelle, le projet, quant à lui est audacieux. Pour un cargo ou un porte-conteneur, la traction par un kite supposerait une aile de 400 m² pour réaliser 20 % d’économie de carburant. Quand on sait que 40 de ces gros porteurs équivalent la consommation du parc automobile mondial, il n’y a pas à hésiter une seconde !

Véronique Hugerot

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