Loisirs

Portraits croisés

Pile : Lady Do et Monsieur Papa chantent. Face à face : Dorothée et Frédéric s’enchantent

Mélodie du bonheur au singulier autorisée. Qui a dit que l’amour n’est plus à la mode ? (© Yann Os)
Publié le 07/08/2018
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Dans une première vie, ils menaient des carrières parallèles, enchaînant les tournées sans jamais se croiser. Depuis leur rencontre « bim bam boum » le couple choc électro forme un duo très pop.

“Attendez, je vous ouvre mais il y a quelque chose qui coince la porte ». Difficile en effet de circuler dans la maison sans risquer d’esquinter les dizaines d’instruments qui trônent dans les pièces voisines et même le couloir faute de place dans le studio. Après une avancée prudente derrière la gracile Lady Do, nous voici posés dans la cour en route vers un portrait croisé de ces deux électrons libres mélodieusement enlacés.

C’est « Do » qui donne le la et entonne. L’île de Ré ? « Ça s’est fait en deux temps. On était chacun pris dans nos tournées avec Paris pour point de chute. À la naissance de notre enfant on a eu envie de lever le pied. Parenthèse bordelaise d’abord pour une transition citadine sans doute plus évidente pour nos emplois du temps, puis nous avons décidé de passer le pont ». Trahi par son accent basque, Fred ne cache pas sa joie de s’être rapproché du littoral.

D’Est en Ouest

Les mots, la musique, on sent bien que tout cela participe de la même énergie pour Dorothée Daniel qui a toujours joué des deux. Elle les pense dans un même élan, les tricote spontanément, si bien qu’en me racontant les épisodes de son parcours me semble entendre une poésie chantée, morceaux choisis de la partition de sa vie.

Ça commence à Dijon. Une famille sensible à l’art avec une maman peintre, la danse des mots dans la tête et une médaille d’or de piano du conservatoire. La jeune femme se dirige tout d’abord vers l’enseignement sur un répertoire classique tout en tenant secrètement ses petits carnets d’harmonies intimes, bonbons du quotidien au goût acidulé.

Fabrique à chansons, elle participe à plusieurs projets avant d’oser compiler ses propres compositions dans deux albums très remarqués, « La Compagnie des anges » et « En haut des peupliers » sortis en 2005 et 2007. Voix fragile, textes à fleur de peau, l’émotion et la force de son univers touchent au coeur.

Dès lors, elle collabore avec Yves Jamait, écrit pour Grand corps malade la chanson « définitivement » commandée pour la naissance de son fils et devient la complice de scène de l’inclassable Agnès Bihl.

De l’autre côté, à 800 kilomètres de la capitale bourguignonne, c’est le talent du brillant touche à tout Frédéric Feugas qui commence à éblouir sous le soleil de Pau.

Pianiste, batteur, guitariste, son aisance à tous les instruments lui vaut d’accompagner une vingtaine de groupes en France et à l’étranger. En 2005, il rejoint « Post Image » et se fait un nom au sein de l’emblématique formation électro-jazz.

À force de zigzaguer d’un son à l’autre, le gymnaste de l’oreille touche aux arrangements, aux mixages et glisse en douceur vers la réalisation, occasion de rencontres qui l’amènent lui aussi à croiser la route d’Agnès Bihl.

Tour de chant amoureux généreux, conjugué au pluriel sur scène : c’est « Lady Do, Monsieur papa » (© Sand Mulas)

Tour de chant amoureux généreux, conjugué au pluriel sur scène : c’est « Lady Do, Monsieur papa » (© Sand Mulas)

Accord parfait

Son regard acéré, son ton incisif perturbent ; sa franchise, son empathie déconcertent. Agnès Bihl est une jongleuse des mots, boxeuse du verbe qui empoigne, envoie et balance les stigmates d’une société malmenée quitte à déranger ! Anne Sylvestre, Aznavour, Guy Bedos entre autres la plébiscitent, quand les institutionnels feignent de la bouder.

C’est chez elle, lors d’un apéro (dont Fred confie qu’elle a le cupidon-secret), que les artistes investis à la préparation D’Inspecteur cats (un livre-disque pour enfants paru chez Actes Sud en 2012) se trouvent enfin réunis et comme une évidence fusionnent leur créativité en une joyeuse et musicale explosion de sentiments.

Les textes soignés, les mélodies ciselées, la voix faussement fragile de Dorothée parfois murmurée dans une troublante proximité, prennent depuis la couleur des arrangements subtils et enlevés de son brodeur de sons. Tel un grand couturier, il habille ses mots sur mesure, exalte la fantaisie qui se cache parfois derrière une tendre mélancolie et dégoupille les « Pow, Blop, Wizz », bidules et artifices, pour créer un duo pétillant.

Art et scène : tout s’entremêle avec Arsène

On peut s’autoriser à le dénoncer : les enfants subissent la plupart du temps une maltraitance musicale ! Entre K-Pop et relents de faux disco, l’anorexique proposition qui leur est dédiée laisse peu d’espoir de les éduquer dans une harmonie sonore cohérente.

Dorothée et Frédéric ne sont pas de ces parents qui se sentent obliger de parler « bébé » à un enfant pour se faire comprendre. Alors quand sonne la nouvelle d’une naissance, c’est carrément ou plutôt rondement qu’ils écrivent une chanson. Un faire-part musical en somme, à l’effet si lénifiant qu’il subjugue la sage-femme lorsqu’elle accueille Arsène et que cessent soudain les pleurs.

Petit bout d’art et de scène emmène dans son sillage « Lady Do et Monsieur Papa », un album de 14 titres que Dominique Blanc-Francard (s’il vous plait) propose de mixer et Anne Sylvestre de parrainer en participant au morceau « Mon arbre ».

Le disque épuisé depuis sa sortie sera repressurisé à l’occasion du lancement du nouveau en octobre prochain. Le spectacle éponyme finit gentiment sa course après deux années de tournée à succès servies par une mise en scène impeccable.

Rendez-vous à la rentrée pour « Rêve, ris, roule », nouvelle création burlesque puisqu’Arsène a grandi.

Marie-Victoire Vergnaud

 

Dernière représentation sur l’île de « Lady Do et Monsieur papa »

à La Flotte sur le port jeudi 2 août

Surprises à suivre à la rentrée !

Facebook : ladydoetmonsieurpapa

 

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