Patrimoine

Histoire - portrait

Le mimosa de nos jardins

Portrait de Nicolas Baudin - Musée Ernest-Cognacq, ville de Saint-Martin
Publié le 26/04/2018
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Les récoltes botaniques de l’expédition du Rétais Nicolas Baudin en Terres Australes de 1800 à 1804 furent qualifiées d’exceptionnelles en leur temps. Ce que l’on sait moins, c’est dans quelles conditions elles furent transportées, de quelles plantes elles étaient constituées et ce que cachait politiquement cette mission.

Des caisses, des caisses et encore … des caisses de végétaux, de graines, de plantes vivantes ou séchées, d’arbres, de semences sont débarquées des entrailles du Naturaliste, au beau milieu d’une ménagerie aussi riche qu’étrange aux yeux des dockers présents sur les quais du port du Havre, en ce 7 août 1803. Un an plus tard, une cargaison tout aussi fabuleuse sera déversée sur les wharfs de Lorient. Nicolas Baudin n’est plus là pour suivre les opérations. Décédé le 16 septembre 1803 à l’île Maurice, où son état de santé l’a obligé à faire escale sur la route du retour, il a cependant laissé des instructions détaillées nous éclairant sur la façon de transporter les végétaux et les problèmes rencontrés durant cette mission.

De difficiles conditions de transport

Avant son départ, il a remis à Hamelin, capitaine du Naturaliste, une liste de recommandations très précises concernant les plantes. La préservation d’une trop grande sécheresse est une priorité comme celle d’une trop grande humidité.

« Le Géographe » navire de Nicolas Baudin, lors de l’expédition en Terres Australes. Maquette de Pierre Rivaille descendant de Nicolas Baudin. Musée Ernest-Cognacq, ville de Saint-Martin.

« Le Géographe » navire de Nicolas Baudin, lors de l’expédition en Terres Australes. Maquette de Pierre Rivaille descendant de Nicolas Baudin. Musée Ernest-Cognacq, ville de Saint-Martin.

« Le Géographe » navire de Nicolas Baudin, lors de l’expédition en Terres Australes. Maquette de Pierre Rivaille descendant de Nicolas Baudin. Musée Ernest-Cognacq, ville de Saint-Martin.

En conséquence, il est conseillé à Hamelin de fréquemment rendre visite aux végétaux pour vérifier leur état. Il ajoute, ce qui donne une idée de l’ambiance régnant sur son vaisseau : « Ce qui m’est arrivé dans mon dernier voyage pourrait avoir également lieu dans le vôtre. Parmi les gens mécontents et jaloux du succès que vous ne pouvez manquer d’obtenir, il en est qui sont peut-être capables de substituer à l’eau douce de l’eau salée. Je ne me permettrais pas de semblables réflexions si ce que je vous dis n’eut lieu pour moi (1) ». Il le met aussi en garde contre la malpropreté des matelots en particulier par temps de pluie : « ils aiment peu à se déranger pour les besoins les plus pressants et les bailles où sont vos plantes ne manqueraient pas de leur paraître un endroit convenable s’ils ont la facilité d’y pénétrer… »

La place manque sur ces vaisseaux transportant chacun plus de cent personnes. La promiscuité, une réserve d’eau potable limitée, des soirées un peu trop arrosées au rhum, malgré la vigilance de Baudin, font que les conflits d’intérêt entre savants et marins prennent des proportions dérangeantes. Baudin n’hésite pas à payer de sa personne : sa propre cabine sur le Géographe était transformée en jardin hébergeant les plantes du citoyen jardinier. De son côté, Hamelin, fait allusion dans son journal de bord à un autre problème ; les vaisseaux sont infestés de rats : « les rats mangent tous les bourgeons qui paraissent. J’avais semé des graines que je voyais lever avec plaisir, les rats ont tout détruit ! »

Un butin fabuleux

Le mimosa de nos jardins

Le mimosa de nos jardins

Malgré la nonchalance reprochée à certains botanistes par Baudin, malgré le froid et les autres aléas du voyage de retour, malgré des pertes importantes, le butin ramené par les deux vaisseaux est conséquent. Des centaines de plantes récoltées au Port Jackson, en Nouvelle Hollande, dans le détroit de Bass, à Timor, en île de France et au Cap de Bonne Espérance vinrent enrichir les collections du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris ainsi que des échantillons de bois dont le Casuarina, le Xylomelum, le Cèdre rouge d’Australie et l’Eucalyptus resinifera. Les semences à elles seule représentaient « plus de 1 000 paquets comportant 450 espèces distinctes dont à peu près 60 appartenaient à des genres nouveaux (1) ».

Dès réception des plantes, un large échantillonnage avait été envoyé à Mme Bonaparte. Son réel intérêt pour la botanique avait amené Joséphine à faire des jardins de la Malmaison un « paradis verdoyant ». Elle avait utilisé les compétences des jardiniers les plus réputés et suivait de près le travail des botanistes et les découvertes de nouvelles espèces. C’est ainsi qu’elle fit planter dans ses jardins les premiers pieds vivants de mimosa ramenés par l’expédition de Nicolas Baudin. Ce mimosa, une variété d’acacia, est celui qui fleurit en hiver dans nos jardins car deux cents ans plus tard sa floraison reste toujours fidèle à l’été australien.

Les herbiers ramenés par l’expédition furent confiés à Jacques- Julien Houtou de la Billardière, botaniste de l’expédition d’Entrecasteaux qui, on ne sait pour quelle raison les délaissa. On les cru longtemps perdus alors qu’ils sommeillèrent deux siècles durant au Muséum ! Retrouvés récemment, un premier récolement achevé en 2008 a permis d’identifier 2 655 échantillons comme provenant de ce voyage en Terres Australes.

L’aspect politique de la mission

Le projet de voyage scientifique de Baudin ne se serait probablement pas concrétisé s’il n’avait intéressé, pour d’autres raisons, Bonaparte que la présence des Anglais dans les mers du sud agaçait.

Bailles de transport des plantes de l’expédition Nicolas Baudin. Maquettes de Pierre Rivaille. Musée Ernest- Cognacq, ville de Saint-Martin.

Bailles de transport des plantes de l’expédition Nicolas Baudin. Maquettes de Pierre Rivaille. Musée Ernest-Cognacq, ville de Saint-Martin.

Baudin ne fit allusion à l’aspect politique de sa mission qu’une seule fois, mais ce fut une fois de trop. Devant les tracasseries que lui firent subir l’administration coloniale de l’île Maurice, en 1801, et pour que sa mission n’avorte pas avant même d’avoir commencé, il adressa une lettre au gouvernement local dans laquelle il indiquait afin de débloquer la situation : « Des administrateurs aussi éclairés que vous concevront aisément que le gouvernement n’a pas fait entreprendre dans les circonstances actuelles une expédition de la nature de celle que je vais faire sans avoir un but d’une utilité plus solide que le simple rassemblement d’objets de curiosité (2) ».

Au retour de l’expédition, la situation avait changé et la malheureuse phrase de Baudin avait largement été exploitée par ses détracteurs. Bonaparte bientôt couronné empereur, bataillant sur tous les fronts européens, avait abandonné l’espoir de redonner à la France un empire outre-mer et renié Baudin dont la mission, à ses yeux, était un échec.

Catherine Bréjat

(1) Les récoltes botaniques de l’expédition Baudin en Terres Australes 1801-1803 – Paul Postiau et Michel Jangoux.

(2) Nicolas Baudin marin et explorateur ou le mirage de l’Australie – Muriel Proust de la Gironière – Editions du Gerfaut.

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