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Bilan de 40 ans de mandat

Léon Gendre, maire de La Flotte (île de Ré) parle de la vie et de l'engagement politique

Léon Gendre : « J’ai bien rempli ma fonction ici-bas »

Léon Gendre, une figure emblématique de l’île de Ré
Publié le 07/03/2017
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Faisant partie des six Maires de Charente-Maritime âgés de plus de 80 ans (depuis janvier dernier), Léon Gendre « fêtera » le 25 mars prochain ses 40 ans de mandat, puisqu’il a été élu pour la première fois à La Flotte en 1977.

L’occasion pour Ré à la Hune de mener avec le Maire de La Flotte un entretien à bâtons rompus. Déterminé et sûr de lui, l’homme est plus complexe qu’on ne pourrait le penser de prime abord. Quand on lui demande ce qui l’a motivé à mener une aussi longue carrière politique, il cite sans fausse modestie l’une des figures politiques à qui il voue une admiration sans faille « Sans doute je suis trop bon pour laisser la place à un autre ! Mais j’arrête dans trois ans ». Est-ce bien sûr ? « Oui sans aucun doute ». Et pourquoi ? « L’âge ! J’aurai 83 ans ». Et que fera-t-il, ne va-t-il pas s’ennuyer ? « Je voyagerai, si ma santé me le permet ».

Très marqué par sa famille

S’il faut rechercher dans son enfance sa force de caractère, dans son travail acharné dès l’école primaire sa parfaite connaissance des rouages de la vie politique et civique française, Léon Gendre a été très tôt doté d’une vraie vision pour l’île de Ré, fondée tout à la fois sur son attachement à son île, son intuition et sa capacité d’observation et de réflexion. Après une enfance à Sainte-Marie de Ré, où il travaille aux champs dès son adolescence, de retour de son service militaire de 28 mois en Algérie, Léon Gendre, accompagné de Jacqueline, s’installe dans une petite maison à La Flotte. « J’ai beaucoup observé la commune, j’assistais au conseil municipal, très caricatural, La Flotte partait à vau-l’eau. Je suis allé voir le Maire pour lui dire ce que je ferais si j’étais Maire, il m’a rétorqué : « mais jeune homme (j’avais 22 ans), le Maire de La Flotte c’est moi ! ». Il n’acceptait aucune suggestion d’un administré et était plein de suffisance ».

Léon Gendre se présente donc une première fois en 1971 avec quelques colistiers, il est éconduit et s’investit entre 1973 et 1979 à la Chambre de Commerce et d’Industrie où il est élu dans le collège des services, participe à la commission tourisme, puis s’intéresse de près à l’aéroport. « Ce fut une période de très grande richesse pour moi, au cours de laquelle nous avons conçu le futur port en eaux profondes de La Pallice puis ses agrandissements successifs, la CCI gérait le port de pêche et le port de commerce, le CIPECMA, l’Institut d’Etudes Françaises, et a créé Sup de Co La Rochelle. C’était passionnant ». Il y côtoie des grands patrons d’Entreprise de forte envergure, le Préfet, « du beau monde ».

« Il faut que tu sois le patron »

Pour les élections municipales de 1977 il voulait se présenter sur la liste de la droite modérée de Raymond Poncet, pour seulement être conseiller municipal, mais déjà son étiquette d’ « emmerdeur, qui critique tout » lui ferme la porte. Peu importe, il se présente seul et est élu au second tour 5ème sur 54 candidats. Jacqueline le dissuade de devenir simplement premier adjoint : « Tu feras tout le boulot, il faut que tu sois le patron » lui souffle-t-elle ! Le prétendant au poste de maire ayant été très mal élu, ce sera Léon Gendre qui sera investi par le conseil. « Mon épouse a toujours joué un rôle déterminant dans ma carrière, son arrière-grand-père avait été maire de La Flotte de 1928 à 1934, elle connaît bien les réactions des Flottais, les gens y sont très politisés dans la vie municipale ».

Très à l’aise dès ses débuts, Léon Gendre a certes été à bonne école avec son grand-père, premier adjoint à Sainte- Marie de 1946 à 1952, et son père, conseiller municipal dans les années 1950. Mais dès l’école élémentaire il se passionne pour les cours d’éducation civique très approfondis à l’époque, et à l’âge de 14 ans, après le certificat d’études, il se met à lire beaucoup. Il s’enthousiasme pour la vie politique : « pendant la guerre ma famille était viscéralement anti-allemande, mon grand-père, résistant, a perdu la vie lors de la Guerre de 1914, mes familles paternelle et maternelle comptaient dans la vie publique de Sainte-Marie, où elles étaient très impliquées. Je suis un héritier de ces gens-là, je suis passionné par mes ancêtres ».

Elu 1er vice-président du SIVOM en 1977, sous la présidence de Monsieur Fruchard, il souhaite « faire du Gendre », autrement dit « proposer pour l’île de Ré ce que je faisais à La Flotte ». Il est mis en minorité, démissionne de la vice-présidence et se retrouve dans l’opposition. Fin 2002, alors que Jean Le Mao démissionne de la présidence de la CdC, Yves Chapon vient le chercher, et fort du soutien de 12 délégués communautaires, Léon Gendre est élu président. « J’y ai mené de nombreux projets tels que la piscine, l’achat du site du Preau, la réception et le réaménagement de l’aile Saint-Michel… J’ai voulu engagé le SCOT mais j’ai été mis en minorité ». En 2008, il jette l’éponge quand il constate que Lionel Quillet a réussi à rassembler une majorité à la CdC. « Ce n’est pas grave, cela ne me perturbe pas, j’ai proposé à Lionel Quillet de travailler ensemble, mais il n’a pas voulu ».

Quelle est sa motivation pour cet investissement de toute une vie dans l’action publique ?

« Naturellement je suis un aménageur et un planificateur, tout doit se penser d’abord, il faut avoir un axe, au-delà de l’idéologie, quelles actions entend-on mener pour aboutir à quels résultats ? En outre, la Commune de La Flotte me fascinait, bien dessinée, très diversifiée dans ses activités, une vraie « petite ville », elle a un aspect tout à fait citadin » explique-t-il. Préserver les espaces naturels, créer des équipements publics, sauvegarder les habitats anciens, favoriser le développement économique, et créer un climat, une ambiance, « Un Maire doit donner le ton, insuffler l’âme de sa commune », autant d’actions qu’il mène, « entouré de très bons collaborateurs et interlocuteurs », tels Jean-Louis Barthou (DEE) à ses côtés pendant 25 ans, ou Bernard Wagon (Architecte urbaniste de renom) avec lequel « nous avons refabriqué La Flotte, commune très marquée par le XVIIIè siècle ». On le perçoit autoritaire, Léon Gendre estime qu’il donne à chacun de ses adjoints toute délégation dans leur spécialité, tout en lâchant « je suis derrière, parfois devant ! » et en reconnaissant qu’il est dans le contrôle permanent « c’est normal, le Maire est le seul responsable et je veux être le patron ! Je suis terriblement sûr de moi mais extrêmement pédagogique. Je suis sûr de mon analyse, c’est le résultat d’un gros travail qu’on fait sur soi-même, une fois que j’ai analysé la situation et pris une décision personne ne peut me faire revenir en arrière, et je suis certain de ma réussite ». Ecoute-t-il les suggestions ? « J’adore piquer les bonnes idées à droite et à gauche et les adapter à ma façon ! ». On le dit proche de ses administrés, de toutes classes sociales, il confirme : « l’important ce sont les gens modestes, qui ont besoin d’être accompagnés, et les résidents secondaires et riches familles flottaises, grâce à l’argent desquels on peut mener une politique sociale » dit-il sans ambages.

« Un parcours de Maire sans faute »

Quelles sont à ses yeux les qualités indispensables pour être un très bon maire ? « Il faut être généreux, très dévoué, désintéressé, honnête, rigoureux, être doté d’un certain pragmatisme et de bon sens, mais aussi être bon gestionnaire, et être capable de faire beaucoup de prospective, anticiper les évolutions. Je suis admiratif de la rigueur des pays nordiques ». Soutien d’Alain Juppé, auquel il a apporté son parrainage, il suit de près les soubresauts de la campagne présidentielle en tant qu’adhérent du Parti Les Républicains. Gaulliste par conviction, il a pu compter sur ses « compagnons » lors de l’affaire « fomentée » contre lui à la Mairie, il y a de cela longtemps maintenant : condamné jusqu’en Cour de Cassation, il a été grâcié par le Président Jacques Chirac. Ses réseaux sont puissants et ses appuis ne sont pas uniquement ceux que l’on cite habituellement.

De quoi est-il le plus fier et a-t-il des regrets ? « J’ai fait un parcours de Maire sans faute sur sept mandats, j’ai d’ailleurs toujours été réélu au 1er tour, j’ai bien appréhendé l’avenir de La France et de l’île de Ré, qui s’inscrit dans un tout. A La Flotte, ce dont je suis le plus fier est la préservation de son capital historique et de ses espaces naturels, et aussi d’avoir anticipé sur la politique rétaise, comme en matière de logements avec 204 logements sociaux créés en 30 ans. Non, je n’ai aucun regret ».

« Côté vie professionnelle, le Richelieu est un enfant des Trente Glorieuses, nous avons pu créer l’établissement en empruntant ». Pourquoi avoir quitté Le Richelieu il y a plusieurs années ? « Nous avons très bien travaillé pendant cinq ans avec Richard, notre fils, avocat à Paris qui a voulu revenir sur l’île, il lui fallait une activité, nous lui avons fait une donation anticipée. C’était normal de lui laisser la place ».

« Je suis au crépuscule de ma vie, je crois en la réincarnation »

Difficile de l’entraîner sur le terrain de sa vie personnelle, familiale, encore plus de l’intime. « Léon » comme l’appellent nombre de ses administrés, ne laisse jamais entrevoir ses « failles » qui l’ont conduit à se construire une armure. De son histoire familiale il n’évoque que certains pans. De ses problèmes de santé – il se dit tant de choses – il ne veut pas parler et s’en sort par une pirouette : « mon engagement politique me fait vivre et ce qui compte dans la vie, c’est une belle mort. Pour l’individu que je suis, au crépuscule de sa vie, l’essentiel est de pouvoir me retourner sur celle-ci et de me dire que j’ai bien rempli ma fonction ici-bas. Je crois en la réincarnation, je possède en moi mes ancêtres et je serai réincarné en quelqu’un d’autre ». Lui qui va assidument à la messe tous les dimanches, comment appréhende-t-il la religion ? « L‘Evangile est une chose merveilleuse, qui privilégie l’humain, c’est l’anti-matérialisme. Dans la vie il y a toujours du bon, partout, pourquoi s’attarder sur les mauvais côtés des gens ? » Il se dit « fataliste : notre destin est écrit ».

Au moment de se quitter, après deux bonnes heures, il souhaite de nouveau rendre hommage à son épouse Jacqueline : « Le Richelieu, la Mairie, tout a pu être réalisé grâce au soutien de mon épouse, de très bon conseil, très rigoureuse, dotée d’un sens critique très développé, dans un couple on ne peut faire les choses tout seul » .

« Je suis né le 28 janvier 1937 à 23 heures, je suis Verseau ascendant Vierge, un vrai Verseau, comme Jules Verne, Valéry Giscard d’Estaing ou encore Nicolas Sarkozy, les Verseau sont des anticonformistes, méticuleux, acharnés, ce qui m’intéresse ce sont les projets difficiles. J’ai obtenu grâce à de nombreux appuis dans les Ministères le classement de l’île de Ré, qui a permis le fameux « 80/20 », toute l’île de Ré était contre… »

Pour l’heure il travaille à son livre qui devrait sortir en début d’été, aux éditions « Le Croix-Vif », et se présentera sous la forme d’entretiens. De la première version, dont il a retenu la publication en fin de course « car elle ne me plaisait pas », il a tout revu. Pourquoi ne pas l’écrire lui-même ? « Le but n’est pas de me valoriser, c’est un échange, un dialogue, la formule me plaît ». Nul doute qu’il devrait faire un carton dans les librairies rétaises !

Nathalie Vauchez

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Vos réactions

  • Cheval
    Publié le 28 avril 2017

    Mon très cher Léon
    Tout simplement un grand bravo pour votre parcours
    Et surtout un grand , mais tres grand merci , car vous avez été le premier et longtemps le seul à comprendre ” l’utilité ” d’un Architecte Urbaniste
    Amitiés
    Philippe Jaouen

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