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Portrait

Jannette Cheong, une Rétaise d’adoption

Jannette Cheong (© Clive Barda)
Publié le 05/07/2018
Jannette Cheong, une Rétaise d’adoption 4.00/5 (80.00%) 1 vote

Séduits par la beauté de l’île, sa lumière si particulière, la force et les couleurs de l’océan, Jannette Cheong et son mari Brian se sont installés il y a deux ans sur la Côte Sauvage à Sainte-Marie. C’est à partir de cette base stratégique que Jannette souhaiterait développer dans la région une meilleure compréhension du théâtre nô.

Artiste aux multiples talents, Jannette a suivi les cours de l’« Art School » de Londres dans les années 60. Elle est également designer, écrivain, poète à ses heures, auteur de pièces de théâtre, conservateur et affiliée au Théâtre Nohgaku. En fait, Jannette est une esthète en quête de beauté et de spiritualité. C’est cette recherche permanente qui tisse le lien entre ses différentes activités avec, de plus, la préoccupation d’éduquer. Elle a toujours travaillé aussi bien au plan national qu’à l’international qui lui apporte une ouverture essentielle à son équilibre.

Le théâtre nô

D’origine asiatique, à la fois chinoise et japonaise, elle n’a pas baigné dans ces cultures car elle a été élevée à Londres. Jannette découvre le théâtre nô lors d’un voyage au Japon en 2007 au cours duquel elle a l’extraordinaire occasion de rencontrer à Fukuyama (entre Kyoto et Hiroshima) la famille Oshima, une famille d’acteurs nô possédant son propre théâtre. Le nô, l’une des formes du théâtre classique japonais, est un drame subtil associant musique, chant et danse à un texte poétique et qui s’interprète avec masques et somptueux costumes. C’est un théâtre ésotérique traitant de thèmes éternels et qui a su ainsi trouver sa place dans le monde contemporain.

La famille Oshima va introduire et initier Jannette au monde du nô, lui fera rencontrer Richard Emmert, un américain, professeur de performance asiatique à l’université de Musashino de Tokyo qui dirige depuis vingt ans un projet de formation d’été nô à Bloomsburg, en Pennsylvanie. Jannette fascinée par cet univers théâtral s’investit totalement.

Travaillant en étroite collaboration avec la famille Oshima et Richard Emmert pour la musique et la mise en scène, elle sera le premier auteur en Angleterre à écrire une pièce de théâtre nô en anglais : Pagoda. À partir du vécu de l’auteur, cette pièce utilise les techniques traditionnelles du nô tout en explorant de nouvelles possibilités. Identité et migration, thèmes de Pagoda, chers à Jannette et ô combien d’actualité, s’intègrent parfaitement à cet art minimaliste, vieux de plus de six siècles.

Un art vivant reflétant les sociétés contemporaines

Cette première collaboration artistique entre Jannette Cheong et Richard Emmert a donné lieu à deux tournées : l’une européenne, en 2009 (Londres, Dublin, Oxford et Paris) l’autre asiatique, en 2011 (Tokyo, Kyoto, Pékin, Hong Kong). Pagoda née d’une co-production entre le Théâtre Oshima Nô et le Théâtre Nohgaku fut un tel succès qu’elle engendra d’autres collaborations dont un hommage à Akira Matsui (1).

Proche de la nature, Jannette a été influencée pour Between the stones, sa troisième collaboration avec Richard Emmert, par son lieu de résidence actuelle à Sainte-Marie, qui s’étend entre l’océan et le jardin japonais qu’elle a créé. Différent du jardin occidental, ce jardin japonais n’est pas seulement une représentation de la nature. Il est aussi l’expression d’une pensée philosophique. La maison de Jannette, typiquement rétaise côté rue s’ouvre largement sur son jardin, refuge contre le vacarme de notre monde moderne. Les rochers jouent un rôle particulier et curieusement tout ce qui dépasse du jardin voisin participe également au décor, un concept connu en Asie sous le terme « borrowed scenery ».

La pièce Between the stones, « entre les pierres » cet endroit si particulier où tout peut arriver, montre comment le fardeau du chagrin se transforme en une célébration de la vie et décrit le pouvoir que possèdent les jardins pour élever et guérir l’âme. La pièce se double, comme toujours avec Jannette, d’un projet éducatif Getting to Noh, destiné à contribuer au développement de nouvelles audiences pour le théâtre nô à la fois traditionnel et contemporain. Ainsi des lectures illustrées ont lieu en Europe tout le long de l’année 2018.

Jannette programmera vraisemblablement une lecture à Paris et pourquoi ne pas en prévoir également dans l’île de Ré, à La Rochelle ou encore à Bordeaux ? Dès 2019, Jannette sera absorbée par la production, qui débouchera en 2020, sur une tournée en Europe et au Japon au moment de la Saison culturelle du Japon et des Jeux Olympiques de Tokyo.

En fait, Jannette, souhaite nous obliger à dépasser nos normes culturelles « pour apprendre plus de chacun d’entre nous, peu importe d’où nous venons dans le monde ». Elle possède une telle force de conviction qu’elle pourrait bien y arriver.

Catherine Bréjat

(1) Akira Matsui : célèbre maître-acteurenseignant de l’école Kita du théâtre nô japonais.

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Vos réactions

  • PH. G
    Publié le 6 juillet 2018

    Voilà une dame qui sera, c’est certain, ‘immortalisée’ en ‘figurine maritaise’.
    Elles sont presque 200 aujourd’hui et continuent à raconter d’une façon sympathique la vie de notre village.

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